Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 09:22

Nous avons appris que l'Université prévoyait de faire disparaitre la filière Lettres Classiques à Perpignan. 

Les recettes appliquées à l'UPVD par l'équipe dirigeante sont connues, mépris global pour les sciences humaines et sociales, gestion clientéliste des filières et volonté manifeste de créer une université de cursus courts, professionalisants, censée être rentable pour l'étudiant comme pour la société.

Elle a bon dos l'insertion professionnelle des étudiants, quand même les majors de promotion sont abandonnés à leur triste sort...

L'Université, ce n'est pas censée être autre chose qu'une antichambre de PoleEmploi ?  Si l'on trouve des financements pour les sportifs, ne serait-il pas possible d'en garder pour les hellenistes ?

Nous sommes désormais dans l'Université sarkozyenne, un univers "utile" où les Humanités n'ont plus leur place.

 

Encore une fois, les choix de l'UPVD nous frappent par leur courte vue. La Ferc Sup CGT apporte tout son soutien à la filière Lettres Classiques à l'UPVD ainsi qu'à ses professeurs. Nous espérons vivement, sans trop y croire, que l'Université se donnera les moyens de changer de politique...

 

Les deux morts de Jacqueline de Romilly - dossier (décembre 2010)

Points de vue et débats

Information publiée le jeudi 30 décembre 2010 par Bérenger Boulay

 

"Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques."

 

Disparition de Romilly : tous les hellénistes n'ont pas 97 ans ! http://www.rue89.com/2010/12/29/disparition-de-romilly-tous-les-hellenistes-nont-pas-97-ans-182667

Par Elsa Biguet | Professeur de Lettres classiques | Rue 89 29/12/2010  J'ai 25 ans, je suis professeur stagiaire de lettres classiques en lycée, fraîche émoulue de l'agrégation, dans un petit établissement où le grec a été supprimé à la rentrée mais où, par chance, le latin subsiste.

Le 18 décembre, Jacqueline de Romilly, helléniste et grande passionnée de l'Antiquité, est partie, mettant, une dernière fois peut-être, le grec sur le devant de la scène médiatique.

Mais qui parle de la disparition progressive et programmée des sections de grec et de latin dans les collèges et les lycées ?

Et madame Roselyne Bachelot, invitée d'un journal télévisé, de lui rendre hommage comme une grande dame qui enseignait « le vivre ensemble » (sic).

Le grec ancien comme alternative aux cours d'ECJS (enseignement civique, juridique et social), une voie à creuser dans la prochaine réforme du lycée, madame Bachelot…

Bref un éloge funèbre, un « logos epitaphios » dans les règles de l'art et à la mesure de la personne de Jacqueline de Romilly.

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Lire aussi sur Rue89 :

 

 

Les deux morts de l'helléniste Jacqueline de Romilly 19 Décembre 2010 Par Christophe Pebarthe

http://www.mediapart.fr/club/blog/christophe-pebarthe/191210/les-deux-morts-de-lhelleniste-jacqueline-de-romilly

Chaque officiel, derrière lequel il y avait un plumitif diplômé quelconque, de service le dimanche, fut sommé de s'exprimer. Une grande helléniste était morte, Jacqueline de Romilly. L'exercice était convenu. Une batterie de normaliens, quelques forts en thème pour lesquels le grec n'était sans doute qu'un souvenir après avoir été un marchepied vers les miettes du pouvoir, harmonisaient leurs commentaires. Le plus titré d'entre eux, il écrivait pour le président, avait préséance sur tous les autres qui le regardaient avec envie. Nulle limite à la grandiloquence, puisque c'est la France qui parlait. Et pas n'importe laquelle, celle de Nicolas Sarkozy. Après quelques mouvements d'épaule saccadés, signe d'émotion et de mimétisme, un phénomène bien connu chez les plumes, il prononça son éloge : "Jacqueline de Romilly a creusé inlassablement le même sillon, avec cette conviction si simple à comprendre et parfois si difficile à réaliser : les langues et les ‘humanités' sont indispensables à l'être humain car elles lui permettent de penser, de peser avec discernement les termes et les idées, d'éviter le piège des dogmes qui conduisent au fanatisme. Elle nous confie ainsi l'exigence de veiller au maintien d'un enseignement littéraire de qualité".

Par respect pour le protocole républicain, venait ensuite la plume du Premier Ministre. Recrutée depuis peu, elle était encore très émue. Et puis, jusque-là, le dimanche, elle le passait avec sa compagne. Tout à ses souvenirs d'après-midi coquines dominicales, elle se méprit dans ses fiches. "Le Premier ministre, François Fillon, a appris avec une grande émotion le décès d'un sous-officier..." avant de se reprendre : "Le Premier ministre, François Fillon, a appris avec beaucoup de peine le décès de Jacqueline de Romilly". Elle avait dû lui téléphoner très tôt ce matin, dérangeant le Premier Ministre en plein examen des derniers sondages le plaçant largement devant le Président. François Fillon avait vaguement demandé des renseignements sur la défunte, mais avait très vite écourté la conversation. Il devait recevoir à déjeuner un expert de la SOFRES. "Élève de l'École Normale Supérieure (ENS), agrégée de lettres classiques, elle fit très vite autorité dans son domaine de prédilection, la Grèce antique et la pensée hellénistique".

Le normalien du Ministère de l'Enseignement Supérieur, un helléniste de première force, major de l'agrégation de Lettres Classique, connaissant par bonheur quelqu'un à l'UMP, sinon c'était l'enseignement en lycée, étouffa un sourire. Pensée hellénistique ? Il connaissait certes les travaux de Jacqueline de Romilly sur les sophistes, Thucydide, l'époque classique quoi! Il se retint toutefois de faire corriger cette coquille. Il saurait bien le moment venu faire remarquer cette ignorance à qui de droit. Il ne comptait pas rester très longtemps plume de Valérie Pécresse. D'autant que la culture classique, ce n'était pas son fort à l'ambitieuse élue de la Région. En privé, elle n'avait jamais caché sa profonde aversion pour les Humanités, comme ils disent. Des inutiles, incapables d'accepter les réformes, enfin certains d'entre eux. Elle avait quand même été surprise de l'empressement des autres à fabriquer des maquettes de master, tuant leurs disciplines qu'ils défendaient dans la rue quelques jours avant. Dans leur majorité, les universitaires en Lettres, Sciences Humaines et Sociales se sentaient coupables d'enseigner des disciplines sans utilité. Alors le grec et le latin! Si mai 68 les avait éliminés, elle en aurait accepté l'héritage. Elle comptait à présent sur la réforme de la formation des enseignants pour en finir avec cette survivance d'un autre temps. Elle avait bon espoir. On murmurait chez son collègue de l'Éducation Nationale qu'il y avait moins de candidats au CAPES de Lettres Classiques que de postes. Elle n'osait y croire.

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Par cgt.upvd
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 17:46

 

SOURCE / LIBERATION.FR     Sciences Le 14 octobre à 0h00

Les rapaces de l’édition scientifique

http://www.lactualitechimique.org/images/articles/342-343-p.107-Edito.jpg

Par David Monniaux Chercheur au CNRS et professeur à l’Ecole polytechnique

 

Jeune chercheur américain, Aaron Swartz risque trente-cinq années de prison. Son crime ? Avoir téléchargé une grande quantité d’articles de recherche universitaire en prenant quelque liberté avec la loi. Cette affaire lève le voile sur certaines curieuses pratiques des éditeurs. Expliquons d’abord comment fonctionne la publication universitaire.

Les chercheurs en sciences exactes doivent publier leurs résultats sous forme d’articles de revues spécialisées afin de les faire connaître à leurs collègues. Ces revues, à bien distinguer des magazines de vulgarisation comme Pour la science ou Science & Vie, peuvent être pluridisciplinaires, telles les bien connues Nature et Science, ou spécifiques à une discipline. Les articles passent devant un comité éditorial, aidé d’experts extérieurs, qui évaluent le sérieux, l’originalité, etc. des résultats, puis, s’ils sont acceptés, sont publiés. Ni les auteurs, ni le comité éditorial, ni les experts ne sont rémunérés par les éditeurs ; souvent même, les auteurs, ou plutôt leurs employeurs (universités, instituts de recherche), doivent payer les revues pour «participer aux frais d’impression». Or, on imprime de moins en moins, les chercheurs accédant directement aux articles en ligne.

Ces organismes doivent aussi payer leurs abonnements, souvent très coûteux : il n’est pas rare qu’une revue coûte plus de 4 000 euros par an. De plus, les éditeurs exigent souvent que les auteurs et leurs employeurs cèdent tout droit sur les articles, au point parfois de ne pas pouvoir les publier sur leur propre site web ! Comme la recherche publique, mais aussi une partie importante de la recherche privée, est financée par le contribuable, cela signifie que celui-ci paye trois fois (recherche, publication, abonnement) pour un document qui in fine n’appartient plus à la collectivité. Et quand les articles sont disponibles à l’unité, ils le sont aussi à un prix considérable : 30 euros pour quelques pages.

Une poignée de grands groupes se partagent l’essentiel du marché. Cet oligopole fait des bénéfices considérables aux dépens des institutions scientifiques. Les chercheurs peuvent difficilement s’y opposer : ils sont évalués en fonction du nombre d’articles publiés dans les revues les plus prestigieuses. Qui voudrait risquer sa carrière en ne publiant que chez les moins rapaces ?

Aaron Swartz a voulu mettre à disposition de tous des articles anciens, archivés par un site appelé JSTOR, pour lequel l’abonnement coûte typiquement plusieurs dizaines de milliers d’euros par an aux universités. Certains de ces articles sont trop anciens pour être encore protégés par le droit d’auteur, mais les éditeurs invoquent alors d’obscurs droits de numérisation, au fondement légal douteux.

Outre des contributions techniques à Internet et la création de start-up, Aaron Swartz milite notamment pour une plus grande transparence des institutions américaines. Au moment des faits, il était boursier d’un centre de recherches de la prestigieuse université Harvard. Il n’a dérobé aucun mot de passe, n’a endommagé aucune base de données. Il s’est contenté de brancher sans autorisation un ordinateur sur le réseau du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de profiter de l’accès de ce dernier à JSTOR. Les moyens employés étaient certes illicites et maladroits, mais son action met en lumière de réels problèmes.

Tout d’abord, il est anormal que la recherche financée par le contribuable constitue une rente au profit de puissants groupes industriels. Un chercheur isolé ne peut imposer ses conditions à ces derniers, mais un Etat, ou, mieux, l’Union européenne, le peut. Il suffirait d’inscrire dans la loi que les articles de recherche écrits par les fonctionnaires et agents publics, ainsi que ceux qui ont été financés pour tout ou partie par l’argent public, ne peuvent être donnés en exclusivité à un éditeur. C’est déjà le cas pour ceux écrits par des fonctionnaires fédéraux américains, et les éditeurs s’en accommodent bien.

Ensuite, on peut s’interroger sur la durée du droit d’auteur, qui en Europe est de soixante-dix ans après la mort. Il est difficile de justifier pareille durée par la nécessité de rémunérer les créateurs, puisqu’elle bénéficie non aux auteurs mais à leurs héritiers ou éditeurs. De plus, en raison de sa longueur, de nombreuses œuvres sont «orphelines» : personne n’a le droit de les utiliser sans l’autorisation des ayants droit, mais ceux-ci sont introuvables, et de nombreux articles anciens sont inaccessibles sans de coûteux abonnements. Peut-être serait-il pertinent de revenir aux durées de protection antérieures (cinquante ans) ou d’introduire des durées différenciées suivant le type de document. Hélas, à chaque fois que le Parlement s’est penché sur le droit d’auteur, c’était presque uniquement afin de renforcer la répression du téléchargement illicite des produits des industries du divertissement. Pourtant, le droit d’auteur touche à bien d’autres sujets !

Par cgt.upvd
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 17:41

L’école condamnée à produire du capital humain.

Interview : la botte de l’économie, le système scolaire se serait lancé dans une course à la compétitivité. Une mutation que déplore le sociologue Christian Laval, dénonçant le déclin de la pédagogie et un surcroît d’inégalités.


 

Par VÉRONIQUE SOULÉ

Suppressions de postes, résultats des élèves en baisse, enseignants désorientés… L’éducation sera l’un des sujets de la campagne présidentielle et la Nouvelle Ecole capitaliste - le livre de Christian Laval (1), Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux - tombe à point pour le nourrir. Les auteurs, enseignants et chercheurs, analysent les transformations en profondeur entraînées par le néolibéralisme dans le système éducatif. Christian Laval, professeur de sociologie à l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, revient sur les mécanismes ayant conduit à une redéfinition des missions de l’école au service de l’entreprise et plaide pour un renouvellement de la pensée sociologique.

Vous décrivez une «nouvelle école capitaliste» soumise à la concurrence, gérée comme le privé et au service de l’économie : est-elle née sous Sarkozy ?

Non, ce serait une grande erreur de le croire. Le sarkozysme a accéléré et rendu plus visibles les transformations néolibérales ou, pour appeler un chat un chat, la mutation capitaliste de l’école. Mais elles étaient amorcées depuis longtemps en France et à l’étranger. Le programme de transformation de l’université française a ainsi été ébauché à la fin des années 90, puis a commencé à s’appliquer au début des années 2000, avant d’être parachevé avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy et la loi sur l’autonomie des universités [la LRU, votée en août 2007, qui avait suscité un vaste mouvement de protestations, ndlr]. Bien au-delà de la finance et des marchés de biens et services, le néolibéralisme a progressivement touché toutes les institutions, y compris l’école, notamment avec l’apparition du nouveau management public, c’est-à-dire avec l’importation des techniques managériales du privé dans les services publics

Vous dénoncez la concurrence qui a gagné l’école, les compétences qui ont remplacé les connaissances et l’obsession de l’employabilité : ce sont les caractéristiques de l’«école capitaliste» ?

Oui, c’en sont des aspects majeurs. D’abord, les missions de l’école et de l’université ont été progressivement redéfinies. Les systèmes éducatifs ont été sommés de justifier les dépenses qu’on leur consacre par un «retour sur investissement» de nature économique. Cela devient la préoccupation exclusive de cette nouvelle école : elle est au service de l’économie et doit s’intégrer à la course à la compétitivité et à la productivité. Logiquement, elle doit donc s’organiser selon le principe de la concurrence et faire sien l’impératif de «performance». Ces nouvelles dimensions sont progressivement devenues une norme évidente, une sorte de rationalité incontestable qui a conquis les esprits. Experts, administrateurs, responsables politiques, certains syndicats minoritaires ont même vu dans cette adaptation au monde moderne la solution à tous les maux de l’école. Ces transformations ont touché au cœur du métier enseignant. Elles ont entamé profondément un système de valeurs partagées, l’idée ancrée chez les enseignants que leurs missions dépassent le cadre d’un métier ordinaire, leur sens de l’intérêt général… Ils ont eu l’impression d’être dépossédés de leur métier par un flot torrentiel des réformes.

Le concept d’employabilité est au cœur de vos critiques : pourquoi ?

Dans le discours des institutions internationales et de plus en plus dans celui des responsables nationaux, l’école a pour fonction de produire des ressources humaines ou du «capital humain». L’employabilité est devenue la norme qui organise les mutations de l’école. L’idéologie de la professionnalisation a pénétré l’université et l’ensemble du système, jusqu’aux premiers niveaux de l’enseignement. Prenons le «socle commun de compétences» [introduit au collège puis en primaire, il liste les aptitudes que l’élève doit acquérir, à côté des connaissances]. Ces compétences ont été fixées par l’OCDE et par la Commission européenne à partir de critères d’employabilité, en fonction de considérations économiques et non pas pédagogiques. On va jusqu’à redéfinir les programmes, l’évaluation, la pédagogie.

Mais est-ce critiquable que les jeunes veuillent des débouchés à la fin de leurs études ?

Certes non, et ce n’est pas nouveau. L’école républicaine avait idéalement trois missions - former l’homme, le citoyen et le travailleur. Il est normal que dans une économie où près de 95% de la population ne dispose pas de ses propres outils de travail, le souci de l’insertion professionnelle soit constant, surtout en période de chômage important des jeunes. Mais nous tombons dans un écueil : celui de réduire la mission de l’école et de l’université aux débouchés professionnels, à partir d’une définition utilitariste des contenus d’enseignement. Or, une solide formation intellectuelle ne nuit pas à l’emploi, bien au contraire. Mais avec la logique des compétences, on définit ce qu’il faut acquérir aux différents âges en vue de l’employabilité à 16 ans. Comme si les usages de la force de travail par les employeurs devaient imposer à l’école ce qu’elle devait transmettre. Ce sont les économistes, notamment ceux des institutions internationales, qui définissent les fonctions et les missions de l’école. Il s’agit là d’une rupture majeure.

Comment ces changements conduisent-ils au creusement des inégalités constaté aujourd’hui ?

Avec le consensus ambiant, il paraît normal à beaucoup que les établissements doivent être en concurrence, attirer les meilleurs élèves et étudiants, faire de la publicité pour leurs formations, trouver le plus d’argent possible. Or, tout cela a des effets inégalitaires et conduit à une polarisation sociale des établissements, de plus en plus assumée dans le supérieur et de plus en plus évidente dans le primaire et le secondaire.

Ces changements - la concurrence généralisée et la transformation entrepreneuriale du système - ont accentué et renouvelé les mécanismes de la reproduction sociale en donnant à l’argent et aux réseaux familiaux un poids grandissant. Les classes favorisées assurent leur reproduction plus efficacement qu’avant. Ce ne sont plus les voies nobles de l’élitisme républicain - comme l’Ecole normale supérieure - qu’elles privilégient. Ce sont désormais HEC et les écoles commerciales qui attirent les meilleurs élèves, y compris dans les filières littéraires. Nous vivons la grande revanche de l’argent sur la culture.

Depuis vingt ans, les politiques éducatives d’inspiration néolibérale ont ainsi aggravé les inégalités comme le montre le recul de la part des enfants des classes populaires à l’université. La concurrence entre établissements et la libéralisation de la carte scolaire ont encouragé l’apartheid scolaire. Rappelons que les deux finalistes, de droite et de gauche, à la présidentielle de 2007 [Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal] étaient favorables à la suppression ou, au moins, à un très grand assouplissement de la carte scolaire.

La gauche ne se distinguerait pas de la droite ?

Ces vingt ou trente dernières années, le néolibéralisme s’est imposé comme une norme aux gouvernements de droite comme de gauche. La droite a été la plus agressive dans la réforme néolibérale, jusqu’à affaiblir aujourd’hui gravement le système éducatif. La gauche au pouvoir n’a jamais remis en question le nouveau modèle managérial et concurrentiel, bien au contraire. Elle n’a pas voulu comprendre que la transformation des systèmes publics par les principes du management était l’une des formes de déploiement du capitalisme contemporain. Celui-ci ne se contente pas de déréguler les marchés de biens, du travail et des capitaux. Il transforme aussi l’action publique. Il la «met en marché», c’est-à-dire y impose la logique de la concurrence et le modèle de l’entreprise. Cette «marketization», comme disent les anglo-saxons, est aujourd’hui le cœur de la transformation de l’école et de l’université.

Il n’y a donc pas de vision alternative de l’école à gauche…

La pensée de la gauche dite de gouvernement s’est effondrée en matière d’éducation. Il suffit de regarder ce que propose le PS pour s’en apercevoir. La question d’un projet alternatif se pose avec urgence aux partis, aux syndicats et aux associations. Depuis les années 80, on assiste à un morcellement des réflexions et à une profonde dépolitisation de la question scolaire. Les considérations se sont technicisées. Elles portent sur l’organisation scolaire et la pédagogie sans plus aucune référence à un projet d’émancipation. Dans ses plus grands moments - il suffit de penser à Jaurès -, la pensée progressiste sur l’éducation avait construit un projet de transformation en articulant une vision de la société, une mission pour l’école, une définition du métier enseignant et une orientation de la pédagogie.

Comment voyez-vous «l’école post-capitaliste» que vous appelez de vos vœux ?

Vaste chantier. Qu’est-ce qu’une école démocratique ? Premièrement, c’est une école qui réduit les inégalités entre les enfants des différentes classes sociales. Mais elle ne peut le faire qu’en étant partie prenante d’un grand mouvement de réduction des inégalités dans toute la société. Jaurès disait en substance : «Nous ne ferons pas l’école socialiste au milieu de l’océan du capitalisme.» C’est encore vrai. Une école démocratique ne pourra vraiment se développer que dans une société où l’égalité sera promue comme valeur essentielle.

Mais comment faire plus d’égalité?

Tout est revoir sous cet angle : les méthodes d’enseignement, les contenus, l’articulation des niveaux d’enseignement, la mixité scolaire des établissements. Deuxièmement : dans la perspective d’une telle société démocratique, l’école doit former des individus ayant des outils communs de compréhension du monde, en particulier sur le plan social et économique. Elle doit leur fournir des instruments de jugement moral et politique qui leur permettent d’être les citoyens de «la démocratie réelle», selon l’expression des Indignés. La lutte contre les inégalités sociales et économiques est inséparable de la lutte pour la démocratie politique effective. Cela suppose une société où le capitalisme ne régnerait pas en maître absolu comme aujourd’hui.

Vous ne seriez pas un peu nostalgique de l’ancienne école ?

En aucune façon. On taxe toujours un peu vite de passéistes les gens qui critiquent les réformes, ou plutôt les contre-réformes actuelles pour mieux justifier son propre aveuglement ou sa soumission à l’ordre néolibéral. Il s’agit pour nous d’échapper au débat stéréotypé entre les «pédagogues» supposés modernes et les «républicains» que l’on dit nostalgiques d’un âge d’or de l’école. La réinvention de l’école démocratique mérite mieux qu’un retour à de vieux conflits.

 

 

(1) Il a aussi signé la préface de «l’Ecole en Europe, politiques néolibérales et résistances collectives», sous la direction de Ken Jones, La Dispute, 2011.

 

Par cgt.upvd
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 17:39

Source : Thomas Breda, « Les délégués syndicaux sont-ils discriminés ? », La Vie des idées, 25 octobre 2011. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Les-delegues-syndicaux-sont-ils.html

Les délégués syndicaux sont-ils discriminés ?

par Thomas Breda [25-10-2011]

 

En France, le nombre de délégués syndicaux dans les entreprises est relativement faible alors que le droit du travail leur donne des avantages non négligeables. Cette étude indique qu’en plus des facteurs bien connus de la crise du syndicalisme, le nombre de délégués pourrait être affecté par une discrimination.

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Le syndicalisme en France est l’exemple de plus emblématique de ce qu’on appelle le « syndicalisme de représentativité ». Il se caractérise par un grand écart entre taux de syndiacalisation et taux de couverture par la négociation. Avec moins de 8% de salariés syndiqués en 2008 et plus de 95% de salariés couverts par la négociation collective, la France affiche à la fois l’un des plus bas taux de syndicalisation et le plus haut taux de couverture parmi les pays développés (OCDE, 2004). Presque tous les salariés sont couverts par des accords de branche. Ces accords ne sont néanmoins pas toujours à jour (certains n’ont pas été renégociés depuis plusieurs années) et ils offrent rarement des avantages importants (André et Breda, 2011). Les syndicats sont également représentés dans les entreprises : ils sont présents, par l’intermédiaire de délégués syndicaux, dans un tiers des établissements de plus de 20 salariés et couvrent deux tiers des salariés travaillant dans ces établissements. L’entreprise est sans doute devenue l’échelon principal pour la négociation est c’est à elle que nous allons nous intéresser.

La crise de la représentation syndicale

Le taux de syndicalisation n’a pourtant pas toujours été aussi faible : le syndicalisme a connu un essor important après guerre (près d’un salarié sur trois était syndiqué à la libération) et il a continué à bien se porter pendant les Trente glorieuses. La France – et dans des proportions plus faibles, l’ensemble des pays développés – a ensuite connu une désyndicalisation massive dans les années 1980 avant de voir son taux de syndicalisation stabilisé en dessous de 10% à partir du milieu des années 1990 (graphique 1).

Graphique 1 : Taux de syndicalisation en France (%), 1949-2007. Source : Données du ministère du travail (DARES).

Sujet d’étude et de préoccupation important, les causes de la désyndicalisation sont bien comprises. Rappelons-les brièvement. Il y a d’abord les raisons d’ordre économique, avec la tertiarisation de l’économie et la perte de vitesse des grands secteurs industriels traditionnels, fortement syndiqués. Sans doute plus important encore, la classe ouvrière s’adapte difficilement et perd ses repères face aux nouveaux modes d’organisation productivistes des années 1970 et 1980 (Beaud et Pialloux, 1999). Il y a ensuite des facteurs sociologiques globaux : la montée de l’individualisme et la conception des « existences » comme des trajectoires dynamiques plutôt que comme des positions statiques, la perte du militantisme et la conception de plus en plus utilitaire du rôle des syndicats (Rosanvallon, 1988). Enfin, les grandes organisations syndicales sont également prises dans leurs propres tourments et peinent à se moderniser : elles ont du mal à prendre leur autonomie par rapport aux partis politiques, elles véhiculent une idéologie considérée comme dépassée et elles apparaissent trop bureaucratiques et mal adaptées à l’entreprise « moderne » et à ses réseaux d’information rapides (Andolfatto et Labbé, 2006).

La désyndicalisation ne suffit pas à expliquer qu’il y a moins de syndiqués en France qu’ailleurs. Il faut pour cela invoquer les spécificités institutionnelles du syndicalisme de représentativité. En France, lorsqu’un syndicat est présent dans une entreprise, il a l’obligation légale de négocier pour tous les salariés, qu’ils soient syndiqués ou non. Il n’y a donc pas d’incitation économique pour les salariés à se syndiquer, contrairement à ce qui peut se passer dans d’autres pays. Aux États-Unis par exemple, un syndicat doit gagner une élection à la majorité pour avoir le droit de s’implanter et de négocier dans une entreprise. Dans certains États, tous les salariés ont alors l’obligation de se syndiquer. Dans les pays scandinaves, une partie des fruits de la négociation ne revient qu’aux salariés syndiqués. Dans les deux cas, on aboutit à des taux de syndicalisation plus élevés et à une adéquation plus forte entre la proportion de syndiqués et le taux de couverture des syndicats. En France, l’absence d’incitations directes à se syndiquer peut expliquer le faible taux de syndicalisation aujourd’hui. Conformément à la théorie de l’action collective d’Olson (1965), les salariés ont intérêt à agir « en passagers clandestins » et à bénéficier des fruits de la négociation sans en supporter les coûts. Une telle explication est satisfaisante dans le contexte actuel d’un syndicalisme « de clients » : « Les syndicats deviennent traités comme des institutions ordinaires dont la légitimité est liée à de simples critères d’utilité. À l’ancien présupposé d’une identité de nature et de but entre l’organisation et la base s’est substituée une relation plus instrumentale, fondée sur le constat d’une extériorité de fait » (Rosanvallon, 1988, p. 35). En revanche, elle était insuffisante du temps des Trente glorieuses, lorsque le syndicalisme était encore construit comme « un fait social global ».

Considérons maintenant le taux de couverture syndicale. Au regard du faible nombre de syndiqués, on peut considérer que les syndicats sont fortement représentés dans les entreprises. C’est l’idée même du syndicalisme de représentativité : peu de syndiqués mais beaucoup de syndicats. Comment arrive-t-on à une telle situation ?

Devant les difficultés récurrentes des organisations patronales et syndicales à s’entendre d’elles-mêmes, l’État français a petit à petit mis en place au cours du XXe siècle, par le biais législatif, un cadre institutionnel très favorable à la présence syndicale en entreprise : apparition des délégués du personnel en 1936, présomption irréfragable de représentativité pour la CGT, la CFDT, FO, la CFTC et la CGC en 1966, délégués syndicaux en 1968, négociations annuelles obligatoires sur les salaires et les conditions de travail dans les entreprises pourvues de syndicats avec les lois Auroux en 1982. Ces dernières initient par ailleurs le mouvement de décentralisation qui vise à faire de l’entreprise le principal niveau pour la négociation collective. Les lois plus récentes de 2004 et surtout du 21 Août 2008 ont inversé légèrement la tendance, mais le contexte légal aujourd’hui est globalement le suivant : pour être présent dans une entreprise de plus de dix salariés et disposer du droit à négocier, les grands syndicats français ont seulement besoin de trouver un salarié qui accepte de devenir leur délégué [1]. Le délégué dispose alors d’heures de délégation (une demi-journée par semaine en moyenne) et il est protégé contre le licenciement : son employeur doit obtenir l’accord de l’inspection du travail pour le licencier.

Si la syndicalisation en général et ses motifs ont été bien étudiés, les motifs de la représentation syndicale en entreprise, qui passe par la décision d’un ou plusieurs salariés de devenir délégué syndical, est en revanche assez mal comprise. Car si un salarié peut vouloir se syndiquer, il peut tout aussi bien envisager de devenir délégué, ce qui n’est pas beaucoup plus difficile. Il bénéficie alors de la protection contre le licenciement et d’heures de délégation qui peuvent l’éloigner temporairement d’un travail parfois pénible, il est tenu au courant des orientations stratégiques prises par son entreprise et représenter ses collègues est en théorie un exercice difficile mais gratifiant. Sur le papier, la situation des délégués syndicaux semble donc avantageuse. Pourtant, seul un salarié sur 125 environ devient délégué, soit un syndiqué sur 10 environ. Compte tenu du contexte légal, la proportion d’un établissement d’entreprise de plus 20 salariés sur 3 ayant des syndicats apparaît en fait assez faible. Le constat initial du syndicalisme de représentativité selon lequel la France s’illustre par « peu de syndiqués mais beaucoup de syndicats » cache en fait une statistique inquiétante : il y a certes beaucoup de syndicats relativement au nombre de syndiqués, mais il y en a en fait fort peu au regard du contexte institutionnel qui leur est extrêmement favorable.

La boîte noire de la négociation en entreprise

L’objectif de cette contribution est de discuter les enjeux de la négociation en entreprise afin de mieux comprendre le « faible » nombre de délégués syndicaux. Bien sûr, les facteurs historiques de la désyndicalisation évoqués précédemment expliquent largement la perte de vitesse du militantisme et du syndicalisme et donc également la perte d’engagement comme délégué syndical. Mais un certain nombre de mécanismes économiques peuvent également jouer et expliquer en partie la décision, fondamentalement individuelle, de devenir le délégué syndical de son entreprise. Le fait que si peu de salariés prennent cette décision malgré les avantages apparents associés à la position de délégué syndical amène à penser que des coûts cachés importants y sont également associés. Un bon indice de ces coûts potentiels est donné par les procédures judiciaires pour discrimination syndicale qui sont fréquemment entamées par des délégués syndicaux. La CGT a gagné des procédures judiciaires dans plus d’une centaine d’entreprises depuis le début des années 2000. 169 militants ont obtenus des réparations financières chez Peugeot. Ils sont plus de 700 dans ce cas chez Renault et 230 chez Airbus. En 2004, des négociations pour indemniser les délégués pénalisés sans passer par la voie judiciaire avaient également abouti avec des grands groupes parmi lesquels Dassault, EDF, EADS, SNPE ou Tracma. D’autres étaient en cours chez Thalès et Valeo. Enfin, une soixantaine de contentieux devant les tribunaux étaient également en cours en 2004 (Semaine sociale Lamy, 15 novembre 2004, no. 1190). La discrimination syndicale, même s’il n’en existe pour l’instant aucune mesure globale, est donc bien connue des tribunaux.

Revenons donc sur la négociation en entreprise. Le syndicalisme de représentativité à la française, avec son faible nombre de syndiqués et ses délégués syndicaux qui négocient pour tous les salariés, se traduit concrètement par des délégués qui sont souvent isolés sur le terrain et négocient pour des salariés qui sont souvent fort peu au courant de leurs prérogatives. La négociation « collective » dans les entreprises prend dès lors naturellement la forme d’une interaction plus spécifique entre quelques délégués syndicaux et l’employeur. Or, on sait très peu de choses sur le fonctionnement de cette négociation. D’un point de vue théorique, les modèles économiques utilisés pour modéliser la négociation syndicale restent généralement pauvres et adoptent une perspective relativement macroéconomique. Le syndicat est souvent considéré comme une boite noire. Les débats portent sur le contenu de la négociation (salaire, salaire et emploi, conditions de travail…) plutôt que sur son fonctionnement. Les incitations et les situations des non syndiqués, des syndiqués et des délégués syndicaux ne sont pourtant pas les mêmes. De nombreuses raisons peuvent pousser un salarié à devenir délégué syndical et rien n’assure a priori que celles-ci sont compatibles avec sa mission de représentant des salariés. Second point, plus important encore : le délégué syndical est supposé être l’égal de son employeur lorsqu’il négocie avec lui mais il est sous son autorité en tant que salarié. De ce fait, la négociation qu’il mène avec celui-ci n’est pas une négociation classique. D’un point de vue théorique, on peut considérer que la négociation entre l’employeur et l’ensemble des salariés se double d’une interaction stratégique spécifique entre l’employeur et le représentant. L’employeur dispose en effet d’une marge de manœuvre pour traiter le représentant syndical de façon discrétionnaire. Cette marge de manœuvre devrait être plus importante lorsque les actions du représentant syndical sont peu suivies et surveillées par les autres salariés de l’entreprise, c’est-à-dire par exemple lorsqu’il y a peu de salariés syndiqués. En théorie, deux équilibres (de Nash) peuvent émerger de l’interaction entre représentant syndical et employeur. Un équilibre « non coopératif » dans lequel le représentant négocie fort pour ses collègues et fait face à un employeur qui a intérêt à limiter l’action syndicale qui lui est alors coûteuse. Dans cet équilibre, l’employeur pourra vouloir pénaliser le ou les délégués syndicaux afin de décourager l’action syndicale. Un tel équilibre a davantage de chances d’aboutir lorsque les représentants sont bien contrôlés par les autres salariés ou lorsque leurs incitations se retrouvent alignées sur celles de leurs collègues (par exemple parce qu’ils sont altruistes ou parce qu’augmenter l’utilité de leurs collègues leur permet de jouir d’une forme de prestige social). Si ces conditions ne sont pas respectées, un équilibre coopératif entre représentant syndical et employeur pourrait à l’inverse émerger. Dans ce cas, on devrait observer que le représentant bénéficie de conditions d’emploi (salaire et conditions de travail) plus avantageuses en échange de sa passivité lors des négociations annuelles.

Des délégués syndicaux moins bien payés

D’un point de vue théorique, l’interaction entre délégués syndicaux et employeurs apparaît complexe et susceptible d’aboutir à des situations d’équilibre opposées. Un premier travail empirique permet de se faire une idée sur l’équilibre le plus fréquent. En utilisant l’enquête REPONSE réalisée par la Direction de l’Animation de la Recherche et des Études Statistiques (DARES) au ministère du Travail, on peut montrer que les délégués syndicaux sont payés environ 10 % de moins que leurs collègues non syndiqués. Les salariés syndiqués mais non délégués ont, eux, un salaire équivalent, voire un peu supérieur à celui des non syndiqués. Avant même d’en connaître les causes, ces résultats peuvent déjà indiquer un dysfonctionnement de la représentation collective en entreprise. Il apparaît en effet anormal que les salariés dont la principale mission est de négocier les salaires soient largement moins bien rémunérés que les collègues pour qui ils négocient…

Pourquoi ce résultat, potentiellement sulfureux, n’est-il pas connu depuis plus longtemps ? Et plus généralement, pourquoi aucune étude statistique n’a été menée jusqu’alors sur les écarts de salaires entre délégués et non délégués alors qu’il existe par ailleurs de très nombreuses études sur la discrimination à l’égard des femmes ou des personnes d’origine étrangère ? La raison principale est certainement l’absence de données : à ce jour, il n’existe pas encore de données directes sur les délégués syndicaux et leurs salaires dans les grandes enquêtes de la statistique publique. Pour mesurer que les délégués sont rémunérés 10% de moins que leurs collègues, nous avons dû adopter une stratégie indirecte reposant sur la probabilité qu’un salarié soit délégué plutôt que sur le fait qu’il le soit effectivement. La probabilité qu’un salarié soit délégué est construite à partir de la proportion de délégués parmi les syndiqués de chaque établissement d’entreprise et les variations d’un établissement à l’autre de cette proportion. Le résultat en lui-même constitue sans doute la principale valeur ajoutée de notre étude (voir Breda, 2010).

La pénalité salariale de 10% pour les délégués reste vraie lorsqu’on compare des salariés de même niveau de diplôme et appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle, mais aussi des salariés de même âge, de même sexe et de même ancienneté. La pénalité demeure également lorsqu’on compare des salariés travaillant dans le même établissement d’entreprise [2]. Nous avons donc une mesure qui est robuste à un certain nombre de biais, liés à la fois au fait que les délégués syndicaux sont différents de leurs collègues et au fait qu’ils travaillent dans des établissements différents. D’un point de vue statistique, cela ne nous donne cependant pas une explication, et la question demeure : pourquoi les délégués sont-ils moins bien payés ?

La pénalité salariale pour les délégués pourrait s’expliquer par les heures de délégation et la protection contre le licenciement dont ils disposent : puisque les délégués travaillent moins pour leur entreprise et disposent d’un emploi plus sûr, il serait « logique » qu’ils soient moins bien payés. Cet argument semble en partie réfuté par les données. L’étude des demandes de licenciement de délégués syndicaux ou d’autres salariés protégés montre que la protection contre le licenciement ne semble pas très forte. Il y a environ 15 000 demandes de licenciement de salariés protégés effectuées chaque année et plus de 80% d’entre elles sont acceptées par l’inspection du travail (De Olivera et al., 2005). Certaines estimations semblent par ailleurs indiquer que le taux de licenciement final des salariés protégés n’est pas très différent du taux de licenciement pour l’ensemble des individus travaillant dans une entreprise de plus de dix salariés [3]. Une deuxième explication est envisageable : les délégués sont mal payés parce qu’ils sont intrinsèquement moins bons. Il y a alors un « biais de sélection » lorsqu’on estime le salaire des délégués : leurs salaires est plus bas non pas parce qu’ils sont délégués, mais parce qu’ils sont moins bons. Cette explication sous-tend que ce sont les salariés les moins compétents qui deviennent délégués. Dans ce cas, on pourrait s’attendre à ce qu’ils soient déjà moins bien payés avant d’entamer leur mandat et donc observer une pénalité salariale dès le début de leur mandat. Or, cela ne semble pas être le cas dans les données : les délégués avec moins de cinq ans d’ancienneté dans leur établissement n’apparaissent pas moins bien payés que les salariés non syndiqués de même ancienneté. La pénalité salariale est donc portée uniquement par les délégués ayant plus de cinq ans d’ancienneté. L’argument mérite néanmoins d’être nuancé : s’il semble très peu probable que les salariés qui deviennent délégués sont moins compétents, il est en revanche possible que les délégués acquièrent par la suite moins vite de nouvelles compétences du fait de leur mandat syndical qui leur laisse moins de temps pour leur travail « salarié » et pour de nouvelles formations. Ce problème, reconnu par nombre de délégués eux-mêmes, pousse certains syndicats à réfléchir à la mise en place d’une Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) … syndicale. Cela afin que l’exercice d’un mandat syndical puisse être reconnu comme une véritable compétence.

Mais l’explication la plus probable aux salaires plus bas des délégués n’est pas leur moindre compétence. Une autre explication semble se dessiner : les délégués les plus combatifs sont pénalisés pour les coûts qu’ils font subir à leur employeur. Lorsqu’on décompose l’écart de salaire entre délégués et non délégués par syndicat, on trouve en effet que les délégués CGT sont payés 20% de moins que les non syndiqués alors que leurs homologues CFDT toucheraient environ 10 % de moins et que ceux de FO auraient un salaire à peu près identique (les données disponibles sont insuffisantes pour produire des chiffres pour les autres syndicats). Parmi les grands syndicats, la CGT est connue pour être l’organisation la plus combative. Les statistiques sur les grèves le confirment : en 2004, la CGT initiait plus de deux fois plus de grèves que la CFDT (Carlier et De Oliveira, 2005), alors que les deux syndicats sont également implantés dans les entreprises. La CGT est par ailleurs la seule grande organisation qui ne s’est pas encore complètement mise au syndicalisme réformiste. Le fait que les délégués de la CGT soient les moins bien payés renforce l’idée que les employeurs font payer aux délégués les plus combatifs leur manque de coopération. Une telle discrimination de la part des employeurs peut tout à fait être rationnelle : ils ont intérêt à décourager l’action syndicale dans le long terme lorsqu’elle leur est coûteuse. D’un point de vue théorique, c’est l’équilibre non coopératif décrit ci-dessus qui est dominant.

L’enquête REPONSE comporte un troisième volet qui s’adresse aux représentants du personnel [4]. En revanche, il est demandé aux représentants du personnel s’ils considèrent que leur mandat de représentant a eu un effet positif, neutre ou négatif sur leur carrière et sur la protection de leur emploi. Les représentants estiment en majorité que leur mandat n’a pas d’effet sur la protection de leur emploi mais qu’il est un frein pour leur carrière. Parmi l’ensemble des représentants (délégués du personnel, représentants élus ou désignés au CE, délégués au CHSCT, etc.), ce sont les délégués syndicaux qui ont l’opinion la plus négative concernant l’effet de leur mandat sur leur carrière. Sachant qu’en théorie seuls les délégués syndicaux négocient dans les entreprises (les autres types de représentants ayant davantage un rôle de consultation et d’information), il semblerait qu’il y ait un lien négatif entre le fait de négocier et l’avancement de carrière. L’examen détaillé des réponses des représentants confirme les résultats sur les salaires : ce sont les représentants CGT, et ceux avec le plus d’ancienneté, qui se sentent le plus discriminés.

Pour une meilleure étude de la discrimination syndicale

Du fait qu’elles reposent sur un faible nombre d’observations et une méthode indirecte, les estimations produites à ce stade restent malheureusement assez imprécises. De la même manière qu’on le fait pour les autres formes légales de discrimination, il semble crucial de mettre en place dans les années à venir les outils statistiques permettant de mesurer directement et de manière précise les écarts de salaire entre les délégués et leurs collègues ainsi que leur évolution dans le temps. Une avancée importante a déjà été faite dans la nouvelle enquête REPONSE de la DARES qui sera disponible pour les chercheurs habilités fin 2011 : dans la nouvelle enquête, on demande directement aux salariés interrogés s’ils sont représentants syndicaux alors que dans la précédente enquête (en 2004), on leur demandait seulement s’ils étaient syndiqués. Cette information permettra également de mener davantage de tests afin de mieux comprendre les causes de la pénalité salariale que subissent les délégués et le fonctionnement de la négociation d’entreprise. Nous n’en sommes pas encore là mais l’enjeu à terme peut être de taille : mieux comprendre les ressorts de la négociation en entreprise peut permettre de trouver des solutions, par le biais politique ou via les syndicats directement, pour améliorer le pouvoir de négociation des salariés. Dans le contexte actuel de forte hausse des inégalités de revenu (Landais, 2007 ; Piketty, 2001), les solutions fiscales paraissent politiquement difficiles à mettre en œuvre. Augmenter le pouvoir de négociation des salariés en résolvant les principaux dysfonctionnements des instances de négociation collective apparait alors comme une solution directe et naturelle.

Des travaux ethnographiques seraient aussi particulièrement utiles pour éclairer le rapport des délégués à leur position. Le sacrifice de carrière est en effet perçu par certains militants comme une situation normale. D’une part parce qu’ils y sont parfaitement habitués et n’ont jamais vraiment perçu la possibilité d’une situation différente. D’autre part, parce que les militants sont attachés à leur situation de martyrs et semblent enclins à se satisfaire d’une position de victime qu’ils ne sont pas prêts à abandonner (Beaud et Pialoux, 1999). Ils auraient la culture du sacrifice. À propos d’un accord d’indemnisation, Fred Dijoud, militant à la CFDT cité par Libération explique ainsi « Des copains ont refusé de bénéficier de l’accord. Ils estiment qu’ils avaient conscience des risques de leur engagement syndical ». Un cégétiste affirme par ailleurs qu’ « être discriminés, c’est la preuve qu’on n’est pas achetés par la direction ! » [5]. D’un autre côté, le développement depuis le milieu des années 1990 des actions judiciaires pour discrimination syndicale semble changer les mentalités. Le premier combat débuté en 1994 chez Peugeot à Sochaux est avant tout le fruit d’un seul homme, François Clerc, militant à la CGT particulièrement déterminé. L’action judiciaire comme moyen de défendre ses intérêts ne va pas du tout de soi pour un syndicat comme la CGT dont la tendance anarcho-syndicale est inscrite dans sa constitution. Le milieu judiciaire est perçu comme un milieu bourgeois. Utiliser l’instrument juridique, cela revient, pour le syndicat, à utiliser l’instrument de l’ennemi de classe. La méthode en elle-même, avec sa lenteur, ses pesanteurs, le principe de l’autorité de la chose jugée, ne s’inscrit pas non plus dans la tradition d’action spontanée et révolutionnaire prônée par la CGT à ses origines. Pour toutes ces raisons, le combat judiciaire mené par François Clerc et ses camarades militants de la CGT à Peugeot-Sochaux n’a d’abord reçu aucun soutien de la centrale syndicale, qui y était initialement opposé. Plus de dix ans plus tard, les mentalités ont un peu changé : François Clerc est maintenant permanent au siège de la CGT (à la confédération de la métallurgie) où il s’occupe d’aider dans leurs démarches les militants de terrain souhaitant exercer un recours pour discrimination syndicale. Néanmoins, l’utilisation de l’outil juridique reste source de clivages à la CGT et est encore loin de faire l’unanimité.

Au-delà du cercle – de plus en plus restreint semble-t-il – de militants qui la conçoivent comme une composante normale de leur action, il est clair que la discrimination salariale à l’encontre des délégués décourage l’engagement syndical. Le faible taux de syndicalisation dans les entreprises facilite sans doute par ailleurs cette discrimination salariale : lorsque les délégués sont isolés sur le terrain et peu soutenus, il est plus facile pour les employeurs de les traiter différemment sans que cela soit beaucoup contesté ou remarqué. On a donc un cercle vicieux – moins il y a syndiqués, plus il est facile de pénaliser les délégués et moins les salariés veulent se syndiquer – qui contribue à conduire à un syndicalisme marginalisé et stigmatisé.

par Thomas Breda [25-10-2011]


Aller plus loin

- Andolfatto, D. et Labbé, D. (2006). Histoire des syndicats : 1906-2006. Seuil.
- André, C. et Breda T. (2011). Les accords salariaux de branche : panorama sur la période 2003-2009, Dares Analyse, à paraître.
- Beaud, S. et Pialoux, M. (1999). Retour sur la condition ouvrière : enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard. Fayard, [Paris].
- Breda, T. (2010). Are Union Representatives Badly Paid ?Evidence From France, Paris School of Economics working paper n° 26.
- Carlier, A et De Olivera, O (2005). Les conflits au travail en 2004 : les salaires, premier thème de revendication. Premières synthèses DARES.
- De Olivera, O., Merlier, R., et Zilberman, S. (2005). Les licenciements de salariés protégés de 2001 à 2003 : le motif économique prédominant, toujours et encore. Premières synthèses DARES.
- Landais, C. (2007). « Les hauts revenus en France (1998–2006) : Une explosion des inégalités ? » Manuscrit non publié.
- Piketty, T. (2001). Les hauts revenus en France au XXe siècle : Inégalités et redistributions 1901–1998. Paris : Grasset.
- OCDE, 2004, Perspectives de l’Emploi.
- Rosanvallon, P. (1988). La question syndicale : histoire et avenir d’une forme sociale. Calmann-Lévy, [Paris].

Pour une rapide description de la genèse et du fonctionnement des actions judiciaires pour discrimination syndicale, voir ici.
Pour des informations plus détaillées sur la méthode utilisée (en anglais), voir ici.


Par cgt.upvd
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 17:36

CQFD

Le Chili voit rouge

« Elle va tomber, l’éducation de Pinochet »


paru dans CQFD n°92 (septembre 2011), par Iffik Le Guen
mis en ligne le 26 octobre 2011

Ce slogan, entendu dans les manifs étudiantes depuis plus de quatre mois, de Santiago à Valparaiso, fait référence à d’autres exigeant le départ du dictateur de sinistre mémoire. Au cœur de la lutte, la revendication d’une éducation gratuite et de qualité et, en arrière-fond, se débarrasser une bonne fois pour toutes de l’ère Pinochet.

« In toma ! » Occupé ! Ces deux mots ont fleuri, malgré l’approche de l’hiver austral, sur les façades de centaines d’établissements secondaires et supérieurs du Chili depuis que le mouvement étudiant a démarré le 28 avril dernier. De quelques milliers de participants, les marches ont grossi jusqu’à compter plus de 500 000 personnes au mois de juin [1], rassemblant chaque fois de nouveaux secteurs d’une société chilienne définitivement en colère. « À chaque fois que le gouvernement a essayé une quelconque stratégie pour arrêter la mobilisation, elle s’est accrue : au début, n’ont manifesté que les étudiants, puis se sont ajoutés les profs et les salariés de l’éducation, ensuite sont venus les parents d’élèves, enfin l’ensemble des travailleurs. On a même vu des représentants des douaniers et des gendarmes ! », nous raconte Mabel Zuñiga, responsable syndicale au ministère de l’Éducation rencontrée à Valparaiso.

L’enjeu de la lutte, parce qu’il concerne toutes les familles chiliennes, est bien centré sur ce système éducatif conforme au modèle ultralibéral appliqué de manière brutale par les Chicago Boys de l’entourage de Pinochet. « Au Chili, l’État s’est complètement désengagé de sa responsabilité en laissant l’éducation aux organismes privés. Pire, malgré la loi interdisant de faire du profit avec l’éducation, l’ex-ministre Lavin [2] a reconnu avoir fait un bon investissement en créant sa propre université », poursuit Mabel. Il est vrai que le secteur semble particulièrement lucratif tant pullulent les publicités pour les écoles promettant technologie made in USA et méthode japonaise. « Dans les années 1980, la liberté de l’enseignement garantie par la Constitution de Pinochet s’est surtout traduite par la liberté qu’ont les familles de choisir l’établissement avec lequel s’endetter. Ici, n’importe qui peut fonder une école, demander des frais de scolarité allant jusqu’à 600 euros par mois [3] et, en même temps, recevoir des subventions déguisées de l’État », ajoute Mabel. Le résultat ne s’est pas fait attendre : aussi bien dans le secondaire que dans le supérieur, près de 60 % des établissements appartiennent au privé. Et la qualité de l’enseignement est rarement la préoccupation première de ces boîtes à mastère en n’importe quoi, pourvu que ça rapporte. Reste le public, me direz-vous ? Sauf que de ce côté-là également la note peut-être salée puisqu’un tiers des frais de scolarité dans le secondaire et les trois quarts dans le supérieur sont à la charge des gentils étudiants et de leurs familles.

C’est donc un profond sentiment d’injustice ou plus simplement de foutage de gueule qui macère dans la société chilienne depuis vingt ans qu’elle paie le prix fort pour redécouvrir les joies de la démocratie. Au pays de l’araucaria, du pisco et d’un minerai de cuivre qui ramène plus de 6 % de croissance par an, les 20 % les plus riches gagnent toujours quatorze fois plus que les 20 % les plus pauvres. Des chiffres qui n’ont pas vraiment varié depuis la fin de la dictature. « Ici, la défiance envers tous les partis et syndicats traditionnels, de gauche comme de droite, est largement installée. La force du mouvement actuel vient de jeunes qui se revendiquent de la gauche indépendante ou de groupes sans appartenances partisanes. Ces jeunes sont disposés à perdre leur année, à passer leur vie dans la rue, avec une énergie telle qu’ils ne partiront pas les mains vides », conclut Mabel. Ainsi, on a pu voir dans les manifs resurgir sur les pancartes les grosses lunettes d’Allende brandies comme un défi au pouvoir en place. On a vu aussi des groupes déterminés à se castagner sévère avec les carabiniers sans avoir peur d’un nouveau coup d’État militaire, ce que redoutent les Chiliens plus âgés.

En face, le président Sebastian Piñera et sa clique alterne petite phrase censée frappée au coin du bon sens (« Rien n’est gratuit dans la vie ») et menace de mort pas du tout voilée [4]. Rien n’y fait, et cela malgré l’assassinat d’un jeune de 16 ans par les carabiniers le 25 août dernier. Une grande majorité de Chiliens attendent un profond changement, pas seulement l’écroulement des derniers vestiges de l’ère Pinochet, mais une deuxième république résolument plus égalitaire.


Notes


[1] Un record pour ce petit pays de 17 millions d’habitants coincé entre Pacifique et montagnes andines et qui est considéré par ses voisins comme la Suisse de l’Amérique du Sud.

[2] Chef de file de ces trop fameux Chicago Boys, Joaquin Lavin avait été nommé à l’Éducation par le président-milliardaire Piñera pour encore accentuer la privatisation du système. Il a été victime d’un remaniement ministériel le 18 juillet.

[3] Le salaire minimum touché par une grande partie des Chiliens est de 300 euros, quant au salaire moyen, il se situe autour de 800 euros. Les deux tiers de la population active se retrouvent fichés au surendettement.

[4] Une obscure responsable au sein du ministère de la Culture a écrit sur Twitter au sujet de la leader la plus en vue du mouvement étudiant, Camila Vallejo : « On tue la chienne et c’en est fini de la portée ». Reprise d’une phrase attribuée à Pinochet à l’annonce de la mort d’Allende.

Par cgt.upvd
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 17:35

Source : Regards.fr

Le lumpenprofessorat de la recherche

Par Mathieu Dejean| 26 octobre 2011
 

Le collectif Pecres vient de publier Recherche précarisée, recherche atomisée. À l’origine de cet ouvrage, une enquête sur la précarité menée par des enseignants-chercheurs inquiets de la dégradation des conditions de travail dans leur secteur.


« On a tous été concernés d’une manière ou d’une autre. Ça a fait – et ça fait encore – partie de notre quotidien au travers du vécu de plusieurs personnes dans notre entourage professionnel », déclare Wilfried Rault, chercheur et membre du collectif Pecres [1], auteur de Recherche précarisée, recherche atomisée. Le constat de la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) n’est pas nouveau. Pourtant, l’ESR est souvent considéré comme « un milieu professionnel qui ne fait pas pleurer dans les chaumières », rappelle Isabelle Clair, membre du collectif. Les stéréotypes ont la peau dure : couramment associée au secteur privé, touchant exclusivement les jeunes et fonctionnant comme une variable d’ajustement structurelle, la précarité ne serait qu’une transition éphémère vers un emploi stable. Convaincus – à l’encontre de l’adage orwellien – que l’ignorance est aveu de faiblesse, des enseignants-chercheurs ont donc décidé de retourner les outils de la sociologie vers leur propre secteur pour «  contribuer à une prise de conscience collective chez les précaires et les statutaires ». Près de 4 500 personnes se qualifiant elles-mêmes de précaires (enseignants, chercheurs, personnels administratifs et techniques confondus) ont répondu au questionnaire diffusé sur internet, à l’échelle nationale, entre décembre 2009 et janvier 2010. À partir de données quantitatives et d’entretiens, les auteurs de l’ouvrage mettent au jour les conséquences d’une précarisation rampante depuis les années 2000 dans l’ESR. Ils soulignent l’incompatibilité de cette situation et des politiques qui en sont responsables avec les missions de recherche et de transmission des savoirs qui leur sont confiées.

Invisible

De l’avis d’Olivier, chercheur titulaire et syndicaliste à la CGT, « le fait que l’ouvrage soit écrit par des chercheurs est un gage de sérieux. Sinon, tout le monde fait comme si ça n’existait pas ». L’une des caractéristiques de la précarité est en effet son invisibilité, en partie liée à l’intériorisation de ce problème par les précaires eux-mêmes. Pour Wilfried Rault, « ils n’en sont pas fiers, mais ils n’osent pas réclamer à leurs supérieurs un salaire en retard – même si c’est le moindre de leurs droits –, par peur de passer pour une personne pénible et que cela joue en leur défaveur au moment des recrutements, indépendamment de la qualité de leur dossier ». Cette invisibilité est renforcée par le comportement de certains statutaires – pas tous – à leur égard : « [ils] ne pensent pas forcément que leurs collègues présents pour quelques mois doivent figurer sur le site internet de l’école, ou n’ont pas conscience qu’il est important qu’une personne associée à un travail collectif soit mentionnée très explicitement dans les rapports finaux. Or leur carrière en dépend, et c’est tout simplement une reconnaissance de leur travail. » Invisibilisée en interne comme à l’extérieur, la précarité gagne pourtant du terrain de manière insidieuse.

Environ un quart des personnels de l’ESR (entre 45 000 et 50 000 personnes) seraient concernés selon les estimations des auteurs, 37 000 selon le ministère de l’ESR, contraint par la publication d’un rapport sur l’enquête à communiquer sur ce sujet. Loin d’être bénins, ces chiffres laissent poindre l’éventualité d’une révolution silencieuse. Pour Isabelle Clair, l’ouvrage du collectif Pecres a vocation à éclairer «  le monde du travail en général dans la société contemporaine ». Une mise au jour qui tord le cou à une représentation obsolète de la précarité, depuis que le processus de précarisation a commencé dans les années 2000.

Précarité pérenne

Les jeunes qui intègrent le secteur de l’enseignement et de la recherche ne sont pas dupes. « Beaucoup de gens travaillent sur une base précaire depuis des années – quinze, vingt ans dans les cas les plus extrêmes –, et ils sont très loin de cette idée qu’il faut être précaire pendant un certain temps pour qu’ensuite les choses entrent dans l’ordre », affirme Wilfried Rault. « La précarité a toujours existé, mais la grande différence avec la période contemporaine, c’est que les gens occupent des postes pérennes sur des contrats de courte durée, alors qu’on justifie habituellement la précarité en disant que c’est une transition », explique Isabelle Clair. Désormais, résume Wilfried Rault, « une carrière entière peut se faire dans la précarité ».

Le précaire de l’an 2011 est le plus souvent une femme ; la trentaine bien tassée, il n’a pas connu de progression de salaire depuis 4 ans et demi, et enchaîne les contrats précaires. Un quart des personnels gagnent moins de 1 200 euros par mois. Payés dix mois sur douze, « les conditions dans lesquelles ils sont embauchés ne leur permettent pas d’aller au bout de leurs travaux. Ils utilisent les maigres indemnités du chômage pour continuer leur travail de recherche », explique Wilfried Rault. Pas de temps mort, donc, pour l’armée de réserve des vacataires, ATER [2] et autres composantes du « lumpenprofessorat ». « Il faut être Tanguy pour faire de la recherche ! », s’insurge Julie, retraitée du CNRS, lors du rassemblement du 21 juin dernier devant le ministère de l’ESR. De fait, l’instabilité de l’emploi engendre une instabilité du revenu et du logement. Trois éléments constitutifs de la précarité érigée en système.

Recherche orientée

En cause, selon les auteurs, une série de mesures politiques qui témoignent d’une tendance organisée en la dévalorisation de la place de la science dans la société. Les effets conjoints de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) – qui conduit au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux –, de l’appauvrissement du budget de l’ESR et de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) entraînent la réduction du nombre de postes statutaires. Et le recours excessif à la contractualisation.

Depuis 2005, l’Agence nationale de la recherche (ANR) impose aux laboratoires des financements contractuels sur projet, qui ont plusieurs conséquences néfastes. « Des candidats renoncent à leurs travaux de thèse pour se fondre dans le moule de l’ANR. C’est un cercle vicieux : au bout de deux ou trois ans, ils pourront valoriser un projet ANR, mais on leur reprochera de ne pas avoir valorisé leur thèse », prévient Wilfried Rault. De plus, il n’est pas évident qu’une recherche programmée se solde automatiquement par des découvertes. Par ailleurs, Wilfried Rault s’interroge sur les intentions politiques cachées derrière cette logique d’appel à projet. La mise au ban arbitraire de certaines thématiques n’est sans doute pas neutre. Des pans entiers de la recherche semblent être sacrifiés sur l’autel des injonctions politiques et économiques. Autant de constats qui soulignent l’incompatibilité de la recherche avec les appels à projet.

Le décalage entre le temps long de la recherche et le temps court et fragmenté des CDD entrave le progrès scientifique. « Quand des personnes en CDD se succèdent, l’expérience s’en va avec eux, plus personne n’en conserve la mémoire. C’est antinomique avec la recherche », déplore Olivier. « Les mercenaires ne peuvent pas faire de la recherche » confirme Lorena, chercheuse et syndicaliste à la CGT. La diminution du nombre de statutaires, non seulement dégrade les conditions de travail des enseignants-chercheurs, mais menace l’autonomie de la recherche par rapport aux aléas économiques et idéologiques du pays. De plus, le caractère intermittent des contrats de travail dans l’ESR se répercute sur l’apprentissage de millions d’étudiants, et empêche la science de progresser.

Coincés dans cet étau, les précaires subissent et les étudiants se détournent de plus en plus de la recherche Le collectif Pecres affronte, la situation à sa manière, et contribue à faire émerger la question de la précarité sur la place publique. Par contraste, la rhétorique de l’ « excellence universitaire » sonne creux. Si les précaires ne comptent pas leurs heures sup, les jours de la recherche publique, eux, semblent comptés. La mise en concurrence a des limites. Cet ouvrage a vocation à lui opposer une force collective  : les travailleurs de l’ESR, quand on les cherche on les trouve.

Notes

[1] Pour l’étude des conditions de travail dans la recherche et l’enseignement supérieur

[2] Attaché temporaire d’enseignement et de recherche

Par cgt.upvd
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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 14:34
Par cgt.upvd
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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 16:10

Communiqué de la FERC-Sup CGT 15 septembre 2011.


ECLIPSE, le logiciel qu’on aimerait voir disparaître…

 

 

http://www.mescoloriages.com/blog/wp-content/uploads/2008/05/eclipse01.jpg

 

 

 

De toutes parts les témoignages d’agacement et d’incompréhension nous parviennent au sujet du logiciel Eclipse. Cette application, censée gérer les congés et l’emploi du temps des agents se révèle être une splendide «usine à gaz» qui alourdit toutes les procédures existantes.

En effet Eclipse se révèle incapable de prendre en compte les particularités des services comme la répartition du temps de travail sur la semaine.

 

  *

 

- Les récupérations des agents, comme le travail le samedi, ne sont pas prises en compte par le logiciel, par la volonté de la direction administrative qui a souhaité ce paramétrage pour le moins particulier. La gestion de ces heures est donc manuscrite et donne lieu à une double comptabilité, ce qui impose aux responsables des plannings un doublement du travail de saisie. Au delà de ce surcroît de travail qui ne constitue vraiment pas une avancée, les agents sont en droit de se demander si leurs droits demeurent intacts. Si la récupération n’est pas inscrite dans Eclipse, seront-ils protégés en cas d’accident du travail sur une période récupérée ?

 

- Les agents sont sommés de saisir en ligne leurs congés dans l’application mais beaucoup d’entre eux n’ont toujours pas été formés pour ce faire ou ne disposent pas d’informatique dans le cadre de leur travail.

 

- Malgré une présentation hâtive en CTP, où aucun travail préparatoire au lancement du logiciel n’a été initié, les services de l’Université n’ont pas été associés au paramétrage de l’application et leurs particularités structurelles n’ont pas plus été prises en compte.

 

- Enfin, l’interface d’Eclipse consacrée au Compte Epargne Temps se révèle être si complexe que le travail de saisie est rendu impossible et nécessite là aussi la continuité de la gestion « papier » en interne.

 

*

 

Faute d’avoir voulu associer les composantes à un travail préparatoire et à un paramétrage concerté qu’imposait le lancement d’un logiciel de ce type, qui impacte tous les agents dans leur quotidien au travail, Eclipse est un non-sens informatique qui suscite une double gestion administrative.

Des services qui avaient commencé à l’utiliser l’abandonnent déjà temporairement et nombreux sont les témoignages d’incompréhension des agents qui constatent de significatives différences entre leurs jours de congés affichés et la comptabilité réelle.

En outre, l’obligation de saisir ses congés sous Eclipse se trouvant inscrite dans la révision 2011 du protocole RTT de l’Université, -que nous considérons comme nul et nul d’effets-, cette procédure ne présente de facto aucun caractère obligatoire.

 

Comme souvent, c’est la procédure que nous contestons. En refusant le débat en amont avec les composantes ou les instances représentatives, en niant les particularismes des services (y compris lorsqu’ils servent les intérêts de nos usagers), la direction administrative a mis unilatéralement en place un outil inefficace, qui sème la confusion parmi les agents et nécessite un travail supplémentaire substantiel.


 

C’est pourquoi la FERC-Sup CGT appelle l’administration à une table ronde autour du paramétrage de ce logiciel, afin de le rendre plus adapté à la réalité de services. En attendant ce travail préparatoire indispensable, notre organisation syndicale appelle chaque agent à refuser de saisir individuellement ses congés dans Eclipse. Nous demandons à chacun de nous tenir également informé des éventuelles pressions que la hiérarchie pourrait mettre en œuvre pour forcer l’utilisation de ce logiciel.

 

 

La FERC-Sup CGT – UPVD.

Par cgt.upvd
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 10:08

Acrimed | Action Critique Médias

L’édition scientifique (1) : un oligopole profitable

 

par Jean Pérès, le 4 août 2011.

 

Le petit monde de l’édition scientifique qui permet aux chercheurs de communiquer entre eux n’est pas un monde à part. Ou en tout cas, il ne l’est plus depuis que quelques sociétés capitalistes ont compris qu’il y avait là de l’argent, beaucoup d’argent à gagner, et qu’elles s’y sont appliquées avec la délicatesse qu’on leur connaît. Mais depuis quelques années, la communauté scientifique s’est ressaisie et s’appuyant sur ses idéaux universalistes et sur Internet, elle est repartie à la conquête de sa communication confisquée.

Ce premier article aborde, d’un point de vue économique l’édition des revues scientifiques du secteur sciences, techniques et médecine (STM) [1]. En effet, c’est dans l’édition STM que la pénétration de la logique marchande, qui nous intéresse ici, est de loin la plus avancée. Le modèle économique que cette logique a établi, fort rentable, risque de faire des émules, du côté des sciences humaines et sociales (SHS), ou de Google Books par exemple. C’est donc comme à la représentation de ce qu’il faut éviter, une sorte d’anti-modèle, que nous nous y attachons.

Alors que le livre joue encore un grand rôle dans la communication scientifique dans les SHS, ce sont presque exclusivement les revues qui jouent ce rôle dans les STM. Elles en sont le média de prédilection. Dès l’origine (XVIIe siècle), les sociétés savantes, soucieuses de faire connaître leurs travaux, sont les éditeurs naturels des revues scientifiques, fonction qu’elles assurent jusqu’au milieu du XXe siècle, et encore aujourd’hui pour une bonne part. Après la guerre de 1939-1945, face à l’explosion des budgets de la recherche et du nombre des chercheurs, les sociétés savantes, mal adaptées à ce nouveau contexte, ont dû céder une grande partie de leur activité à des sociétés commerciales. Après une période de montée en charge, ces dernières connaissent, à partir des années 1970, une prospérité qui ne s’est par la suite jamais démentie.

 

Un oligopole à franges

Le marché - puisqu’il s’agit bien de cela - des revues scientifiques ressemble à tous les autres et à aucun autre.

Il ressemble à tous les autres (industries culturelles, d’édition ou de presse, mais aussi par exemple la grande distribution ou l’industrie pétrolière) puisqu’il est dominé par quatre grands groupes. Par ordre d’importance : Elsevier-Sciences (Hollandais, 2494 titres dont 253 en sciences sociales) [2], Springer-Kluwer (suédois, environ 2000 titres dont 206 en sciences sociales), Wiley-Blackwell (anglais, 1492 titres dont 500 en sciences sociales), et Taylor & Francis (anglais, 1300 titres dont 543 en sciences sociales). À titre de comparaison, le plus important éditeur français de STM, EDP Sciences, dispose de 50 titres.

Sur une quantité de revues STM évaluée, à l’échelle mondiale, à environ 25000, les quatre leaders du secteur s’en partagent autour de 8000 tandis que les deux autres tiers se distribuent sur quelques milliers de sociétés savantes et autres petits éditeurs dont certains peuvent être assez importants. D’où l’appellation imagée d’ « oligopole à franges » affectée à ce type de structure. Mais les 8000 revues possédées par les grands groupes ne sont pas les moindres : elles comprennent la moitié des revues qui sont classées parmi les plus demandées…

Ces quatre groupes se sont constitués au cours du temps, comme bien d’autres, par des stratégies de fusions acquisitions, et le nombre des revues dont ils sont les propriétaires augmente en permanence. Toutes cotées en bourse, ces sociétés ont pour la science – on le devine - une passion proportionnelle au cours de leurs actions. L’une d’entre elles, Springer-Kluwer, était même détenue par deux fonds d’investissement anglais, Cinven et Candover [3] qui, associés pour l’occasion, l’ont à leur tour revendue en février 2010 à un fond d’investissement suédois, EQT, pour 2,3 milliards d’euros (soit une plus value de 700 millions).

En 1995 Herman Bruggink, alors coprésident de Reed Elsevier, maison-mère d’Elsevier-Sciences annonçait dans Le Monde la nécessité pour le groupe de se séparer de sa branche « presse grand public » dont les marges bénéficiaires « plafonnaient » à 14% contre 26% pour la branche professionnelle et surtout 34% pour les publications scientifiques. Ce taux de rentabilité exceptionnel explique qu’un groupe comme Reed Elsevier ait pu être conduit à faire des concessions à certaines réclamations de chercheurs [4]. La rentabilité actuelle, pour les gros éditeurs STM, est supérieure à 25%.

Dans l’ensemble, les prix des revues scientifiques STM ont augmenté entre 1986 et 2003 (17 ans) de 215% tandis que le prix des livres augmentait de 82% et l’indice des prix de 68%. Pendant les 12 années précédentes, de 1973 à 1985, l’augmentation fut de 711% pour les revues STM et de 412% pour les revues SHS. Et chaque année qui passe voit une augmentation du prix des abonnements de plus de 7%.

 

La poule aux œufs d’or

 Mais ce marché ne ressemble à aucun autre. En effet, cette configuration oligopolistique doit sa rentabilité particulièrement élevée aux caractères spécifiques de l’économie des revues et des revues scientifiques en particulier.

- L’usager n’est pas le payeur. Sauf exception, les lecteurs des revues scientifiques ne s’abonnent pas directement à ces revues ; ce sont leurs bibliothèques, principalement les bibliothèques publiques (universités, centres de recherche) qui souscrivent ces abonnements pour eux. Or les gestionnaires de ces bibliothèques n’ont quasiment aucune marge de négociation avec les éditeurs car leurs usagers, les chercheurs, ne peuvent pas se passer des revues dont la lecture est indispensable à leur activité. Les éditeurs peuvent ainsi augmenter les prix sans risque de perdre des clients (c’est ce que l’on appelle une clientèle captive). Et ils ne se gênent pas. C’est ainsi qu’au cours des années, les bibliothèques ont dû consacrer une part croissante de leur budget à l’achat des revues des grands éditeurs, au détriment des autres postes. Et cela dans un contexte où les budgets des bibliothèques augmentent fort peu quand ils ne baissent pas.

- La concurrence qui peut jouer dans le sens d’une baisse des prix des marchandises dans d’autres secteurs joue ici très peu. Chaque revue est en effet unique ; on ne peut pas la remplacer par une autre, surtout quand elle est essentielle dans son domaine ; on dit qu’elle n’est pas « substituable ». La concurrence est faussée.

- La vente directe par abonnements payés à l’avance permet une souplesse exceptionnelle de trésorerie (toute la production d’une année réglée d’un seul coup et à l’avance, pas de stocks, pas d’invendus, pas de retours) et de supprimer l’étape de la vente en librairie (30 à 40 % du prix des livres), sans parler des coûts réduits de diffusion et de distribution.

- Les auteurs des articles ne sont quasiment jamais rémunérés et ne perçoivent pas de droits qui sont cédés à l’éditeur. De plus, la sélection des articles, leur vérification scientifique, leur relecture et leur correction, travail considérable qui relève classiquement de l’éditeur, sont assurées par les pairs (réunis dans un comité de lecture ou un comité scientifique), des universitaires qui ne sont pas davantage rémunérés par l’éditeur privé.

Quand on aura ajouté que les éditeurs n’ont pratiquement pas de frais de traduction, étant donné que les chercheurs en STM écrivent en anglais qu’ils ont reconnu depuis longtemps comme leur langue de communication, on aura compris que l’édition des revues scientifiques ne supporte quasiment aucune des charges de l’économie du livre.

Il est assez remarquable qu’à l’origine, certaines de ces facilités ont été instaurées pour permettre une réduction des frais de publication à des sociétés savantes et des chercheurs qui n’avaient pas les moyens financiers suffisants pour diffuser leurs travaux. La technique de l’abonnement a ainsi été inventée comme une sorte de souscription (on dit d’ailleurs encore « souscrire » un abonnement) permettant à un petit éditeur, en général la société savante elle-même, de financer sa production pour l’année. De même, la gratuité des contributions des auteurs et du comité de lecture était une façon de promouvoir la communication scientifique, objectif premier de la publication, et non d’enrichir les éditeurs. Par un singulier et typique retournement, ces mesures de réduction des coûts et de facilité de gestion dans une économie artisanale et désintéressée (financièrement), ont été perverties en sources de profits considérables dans une économie éditoriale industrialisée.

- Enfin, ce secteur de l’édition est très peu dépendant des fluctuations du marché des annonces publicitaires ; cet atout est loin d’être négligeable en cette période où l’ensemble de la presse est mis en danger par, entre autres mais surtout, la baisse des recettes publicitaires [5] Même la presse professionnelle, pourtant assez peu exposée aux incertitudes du marché de la publicité, l’est encore trop aux yeux du plus important de ces éditeurs, Reed Elsevier, qui a mis en vente, pour cette raison, sa branche professionnelle, Reed Business Information. Sans succès jusqu’à présent.

À l’abri des fluctuations du marché de la publicité, en situation de monopole effectif pour chacune de leurs revues produites et diffusées au moindre coût, bénéficiant d’une clientèle captive et payant à l’avance, la prospérité de ces groupes (mais aussi de certaines sociétés scientifiques, comme Oxford University Press, ou de revues prestigieuses restées indépendantes qui ont profité de l’aubaine, comme la revue Nature et ses extensions) est assurée.

En dernière analyse, le « modèle économique » de la commercialisation des revues scientifiques repose sur un véritable pillage des fonds publics consacrés à la recherche. Les enseignants-chercheurs qui sont les producteurs de l’information scientifique, sont en général rémunérés par l’État ou une collectivité publique. Les bibliothèques qui souscrivent les abonnements aux revues scientifiques fonctionnent également, dans leur grande majorité, sur fonds publics. Ainsi les fonds publics reviennent deux fois aux éditeurs privés : une fois comme réduction de frais quand ils rémunèrent la production de recherche (salaires des chercheurs, infrastructures, laboratoires, etc.) et une deuxième fois quand ils financent la consommation (abonnements) de recherche par les bibliothèques.

 

La bourse des revues

 Un tel pillage des fonds publics s’appuie sur la dimension subjective de la diffusion de l’information scientifique. L’objectif principal des chercheurs est en effet de faire connaître leurs travaux et de connaître ceux de leurs collègues. Les considérations financières de la diffusion proprement dite sont pour eux secondaires. Même si des retombées financières peuvent indirectement en découler, être publié, et dans une revue la plus prestigieuse possible, telle est, en général, leur ambition.  

 Pour cela, les chercheurs disposent d’un outil « scientifique » qui permet de mesurer ce prestige : la bibliométrie (appelée aussi scientométrie), fondée en 1950 et systématisée à partir des années 1970.

Le principe en est simple : plus une revue est citée par les autres revues, plus son prestige est grand, plus son prix sera élevé et plus il sera valorisant pour le chercheur d’y voir publier un article sous sa signature. C’est sur la base du « facteur d’impact », rapport du nombre de citations sur le nombre d’articles publiés par une revue, qu’est établie la hiérarchie des revues scientifiques. Le petit monde de ces revues est ainsi transformé en une sorte de bourse où la valeur de chacune est calculée en citations. Le grand ordonnateur de l’évaluation bibliométrique des revues scientifiques est traditionnellement l’ISI (Institut for Scientific Information) de Thomson Reuters, concurrencé depuis 2004 par Scopus de Elsevier-Sciences et Google Scholars, version du moteur de Google affectée aux publications scientifiques [6]. C’est que l’enjeu est de taille : pour les revues, faire partie des quelque 8000 qui sont recensées par l’ISI est aussi important que le référencement qui permet à un fabricant de yaourts d’avoir son rayon dans une grande surface hors de laquelle il n’est point de salut. Contestée depuis longtemps, notamment pour son caractère conservateur (une revue nouvelle aura beaucoup de peine à être citée, donc à se faire reconnaître), cette méthode se prête par ailleurs à des pratiques inflationnistes par le mécanisme des auto-citations, ou citations de complaisance au sein d’un même éditeur, saucissonnage d’une recherche en plusieurs articles pour accumuler les citations, etc.

 

Internet

L’arrivée d’Internet n’a pas changé la donne. Pis : les clients sont devenus encore plus captifs. Rapidement numérisées, les revues scientifiques sont désormais diffusées sur le web sous forme de bouquets sous contrat de licence. Un bouquet contient un ensemble de revues en nombre variable regroupées par domaines (physique, chimie, mathématiques). Les clients, bibliothèques et centres de documentation, souscrivent pour l’année une licence globale d’accès aux revues d’un ou plusieurs bouquets sans qu’il soit possible de choisir les revues, de modifier le bouquet : c’est le bouquet composé par l’éditeur ou rien. Bien évidemment, ces bouquets sont conçus de manière à en vendre le maximum : une revue incontournable se trouvera en compagnie de quelques autres de moyenne importance et d’autres invendables. La stratégie consiste généralement à vous conduire à adopter le « Big deal », soit la souscription à l’ensemble des bouquets d’un éditeur pour un prix à peine supérieur à celui de votre licence en cours : pas plus coûteux pour l’éditeur, plus large mais plus captif pour l’acheteur.

Depuis quelques années, pourtant, bibliothécaires, documentalistes et chercheurs sont partis à la reconquête.

À suivre, donc…

 

Jean Pérès

- Lire la suite : « L’édition scientifique (2) : Le temps de la révolte ».

- Cet article reprend certains passages d’un article du même auteur paru en 2006 dans le cadre des travaux de l’Observatoire de l’édition sociale du réseau documentaire Prisme. Il doit beaucoup au travail de Nathalie Pignard-Cheynel, notamment à sa thèse de doctorat « La communication des sciences sur Internet : stratégies et pratiques » et un article de cette auteure paru dans la revue Sciences de la société : « L’édition scientifique, une forme de marchandisation de la diffusion des connaissances » (N°66, 2005). Disponible en.pdf.

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Notes

[1] Même si certaines observations concernent également l’autre pan de l’édition scientifique, les sciences humaines et sociales (SHS), ces dernières ont des caractères et une histoire propres qui méritent une approche spécifique.

[2] Elsevier-Sciences est la branche scientifique du groupe anglo-hollandais Reed Elsevier qui édite aussi des livres et des revues professionnelles. L’ensemble de son activité éditoriale fait de lui, selon les années, le premier ou le deuxième éditeur mondial toutes catégories confondues. Ce groupe dominant est célèbre pour le prix élevé de ses revues et son intransigeance dans les négociations. Il a défrayé la chronique en 2009 quand fut découvert qu’il avait publié un certain nombre de fausses revues à comité de lecture financées par le laboratoire Merck pour sa publicité.

[3] Dont nous avons évoqué l’activité ci même, dans la presse spécialisée (et dans la rentabilisation de L’Usine nouvelle.

[4] En 2005, la célèbre revue médicale The Lancet découvre que son propriétaire, Reed Elsevier, organise des salons de vente d’armes à travers le monde (filiale Reed Exhibitions) et juge cette activité incompatible avec la déontologie d’un éditeur scientifique, notamment dans le domaine de la santé. Après deux ans de réflexions et nombre de pétitions, Elsevier décide de renoncer à cette activité qui ne représentait, il est vrai, que 0,5% de son chiffre d’affaires (soit, tout de même, quelques dizaines de millions de dollars). Comme quoi la communauté scientifique n’est pas sans pouvoir sur ces éditeurs, pour peu qu’elle se donne la peine d’exercer ce pouvoir.

[5] Voir notamment ici même les extraits du livre de Bernard Poulet. La fin des journaux et l’avenir de l’information.

[6] On notera que le principe du PageRank du moteur de Google est le même que celui de la bibliométrie : sortent en tête d’une recherche les sites qui sont les plus sollicités, les plus "populaires", comme viennent en tête du classement bibliométrique les revues qui sont les plus citées.

 

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L’édition scientifique (2) : Le temps de la révolte

par Jean Pérès, le 10 août 2011

 

Dans un premier article, nous avons décrit la domination d’un oligopole de quatre groupes sur l’édition scientifique mondiale. Cette domination a suscité des réactions pratiques des autres acteurs de ce secteur, - bibliothécaires, documentalistes et chercheurs - réactions qui ont progressivement donné naissance à un nouveau modèle éditorial, concurrent du premier, et plus conforme à l’idée que se font les chercheurs de leur communication.

La première réaction face à la hausse du prix des revues a été, pour les bibliothécaires et documentalistes, de se regrouper pour constituer une force de négociation face aux grands éditeurs. Ces groupements d’achat s’appellent les consortiums. Les consortiums de bibliothèques existent depuis les années 1930 aux Etats-Unis, mais ils ont connu récemment, à la fin des années 1990 un nouveau développement pour les raisons indiquées plus haut.

En France, le consortium Couperin est le plus important. Fondé en 1999, il associe 200 membres (Universités, grandes écoles, centres de recherche). S’ils obtiennent pour leurs adhérents des prix plus intéressants, les consortiums sont également avantageux pour les éditeurs car ils leurs permettent de toucher, en une seule négociation, un grand nombre de clients. Par contre, les négociations du consortium portent sur des bouquets de revues qui ne répondent pas toujours aux intérêts de chacun de leurs adhérents pris individuellement ; dans le cas où, par exemple, telle revue qui intéresse un centre de documentation, ne figure pas dans le bouquet négocié par le consortium, ou encore, ce qui semble plus fréquent, le cas où on se trouve abonné, via le consortium, à nombre de revues dont on n’a que faire. La sélection des abonnements, qui est une des prérogatives professionnelles des bibliothécaires et documentalistes, s’en trouve limitée.

Cela dit, les consortiums, malgré l’aide incontestable qu’ils apportent, n’ont pas permis de modifier sensiblement la politique des prix des grands éditeurs.

Une autre réaction face à la hausse des prix que ne pouvaient suivre les budgets des bibliothèques fut de supprimer des abonnements, ce que firent nombre d’universités aux Etats-Unis, et plus récemment en France l’université Pierre et Marie Curie – Sorbonne. Mais supprimer des abonnements devient de plus en plus délicat avec les politiques de licence portant sur des bouquets thématiques de revues indissociables, voire des "Big Deals". La licence, comme son nom l’indique, donne un droit d’usage, c’est-à-dire en l’occurrence un droit d’accès et de consultation à des collections de revues qui ne sont pas appropriées par le souscripteur. Contrairement à la cessation d’un abonnement papier qui laisse en votre possession les numéros acquis, le non renouvellement de la licence vous laisse sans rien. C’est ce qui a failli arriver à la Grèce en 2010, comme le signalait Christelle di Pietro : « Les bibliothèques universitaires grecques ont vu la plupart de leurs abonnements électroniques suspendus en guise d’avertissement pour non-paiement des abonnements depuis deux ans par le gouvernement grec. Le ministère de l’Education finance en effet, depuis 2000, la totalité des abonnements électroniques scientifiques des bibliothèques académiques qui ont supprimé la même année la totalité des abonnements imprimés. La facture s’élève à 32 millions d’euros. Les éditeurs concernés (dont Elsevier, Les Presses universitaires d’Oxford et Cambridge, et la Société Américaine de Physique, entre autres) ont prévenu que la suspension deviendrait définitive en l’absence d’un règlement immédiat. » [1]

Ce sont sans doute les bibliothécaires des universités de Californie qui sont allés le plus loin dans la contestation des pratiques des éditeurs commerciaux. A la suite d’une augmentation en une année de 400% du tarif de la licence d’accès au bouquet des 67 revues du groupe NPG (Nature Publishing Group) qui publie notamment la célèbre revue « Nature », ils ont proposé aux chercheurs de l’université et menacé l’éditeur de boycotter ses revues, c’est-à-dire de ne plus proposer d’articles ni participer aux Comités de lecture [2]

 

Ecrire sur le ciel

C’est de la communauté scientifique, sensibilisée par les bibliothécaires et les documentalistes et stimulée par les possibilités offertes par Internet, qu’est venue la riposte la plus ferme à la domination des grands éditeurs. Ce fut, au milieu des années 1990, la naissance du mouvement pour le libre accès (open access) qui s’est ensuite structuré autour de trois événements :

- Octobre 2000 : fondation de The public library of science (www.plos.org) réunissant de nombreux chercheurs américains. Ces chercheurs, dont nombre sont illustres, lancent une pétition exigeant que tout contenu d’une recherche financée sur fonds publics soit librement accessible sur le web six mois après publication dans des revues payantes. Cette pétition recueille 38 000 signatures de chercheurs de 180 pays.

- Février 2002 : Initiative de Budapest pour l’accès ouvert, qui est un véritable manifeste où les scientifiques retrouvent des accents oubliés : « Une tradition ancienne et une technologie nouvelle ont convergé pour rendre possible un bienfait public sans précédent. La tradition ancienne est la volonté des scientifiques et universitaires de publier sans rétribution les fruits de leur recherche dans des revues savantes, pour l’amour de la recherche et de la connaissance. La nouvelle technologie est l’Internet. Le bienfait public qu’elles rendent possible est la diffusion électronique à l’échelle mondiale de la littérature des revues à comité de lecture avec accès complètement gratuit et sans restriction à tous les scientifiques, savants, enseignants, étudiants et autres esprits curieux. Supprimer les obstacles restreignant l’accès à cette littérature va accélérer la recherche, enrichir l’enseignement, partager le savoir des riches avec les pauvres et le savoir des pauvres avec les riches, rendre à cette littérature son potentiel d’utilité, et jeter les fondements de l’unification de l’humanité à travers un dialogue intellectuel, et une quête du savoir communs. » (extrait de la Déclaration du 14 février 2002 citée sur le site Openaccess de l’Inist)

- Octobre 2003 : La déclaration de Berlin reprend les principes de l’appel de Budapest sur le libre accès à la littérature scientifique. La déclaration de Berlin a été signée par les centres de recherche allemands et par quelques centres de recherche français, dont le CNRS.

Il ne s’agit de rien de moins que de constituer une banque mondiale de textes scientifiques de toutes disciplines librement accessibles. Autrement dit « écrire sur le ciel » [3] pour que chacun puisse lire.

 

Vers un nouveau modèle ?

 Malgré l’opposition des grands éditeurs à une initiative qui les menaçait explicitement, l’accès libre s’est développé d’une manière continue. Il prend deux formes.

- Les revues en libre accès. Ce sont des revues à comité de lecture ; soit des nouvelles revues qui sont souvent seulement électroniques, soit des revues déjà existantes qui sont passées au libre accès. Les articles de ces revues sont accessibles gratuitement dès publication. Les plus anciennes sont recensées par l’ISI et les nouvelles le sont progressivement. A ce jour, le DOAJ (Directory of Open Access Journals) recense 6754 revues en libre accès. Les revues en libre accès sont plus souvent citées que les revues dont l’accès est payant, ce qui augmente leur facteur d’impact. N’étant plus financées, par définition, par les abonnements, ces revues le sont par les instances qui ont intérêt à leur diffusion, c’est-à-dire les divers organismes qui produisent la recherche scientifique [4]

- Les archives ouvertes. Les chercheurs peuvent aussi déposer leurs articles dans des archives ouvertes, institutionnelles ou spécialisées. Il n’y a pas obligation de comité de lecture. L’article peut être déposé avant sa publication dans une revue (pré-print) ou après (post-print). L’archive du CNRS, HAL (Hyper Article en Ligne), compte à ce jour 172 924 documents en texte intégral. Un protocole dit OAI (Open Archives Initiative) permet de retrouver les articles, quelque soit l’archive où ils se trouvent. Ce sont des millions d’articles qui sont désormais accessibles par des moteurs de recherche qui "moissonnent" les diverses archives au niveau mondial, par exemple grâce au moteur « Scientific Commons » (plus de 38 millions de publications à ce jour). Les archives ouvertes, peu onéreuses, ne posent pas de problème de financement.

Nombre des articles en libre accès sont sous licence « creative commons » définie par l’auteur (qui ne cède donc plus ses droits à l’éditeur), licence qui autorise une large diffusion des articles concernés.

Face à ce nouveau modèle de diffusion de la recherche scientifique, les grands éditeurs ont d’abord défendu leur modèle commercial tel que décrit ci-dessus. Dans un deuxième temps, ils essaient d’intégrer le modèle du libre accès dans le leur, solution audacieuse si l’on considère que ces modèles sont un tout indissociable, mais qui fonctionne pourtant depuis quelques années (certaines revues des grands éditeurs acceptent des articles en libre accès – après un délai de 6 mois à 2 ans - moyennant un paiement de 1800 à 3100 dollars).

L’issue de la lutte entre ces deux modèles est incertaine, mais quelle qu’elle soit, on ne peut que se féliciter, en ces temps de libéralisme échevelé, qu’une initiative collective en faveur de ce que l’on pourrait appeler un service public mondial de la communication scientifique, ait pu connaître un tel développement, jusqu’à ébranler les fondements d’un oligopole que l’on aurait pu croire installé pour encore des décennies.

Jean Pérès

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Notes

[1] Christelle di Pietro, 22 mars 2010, site de l’ENSSIB.

[2] Pour plus de détails, lire : « Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ? ».

[3] Pour reprendre l’expression de Stevan Harnad citée par Hervé Le Crosnier dans "Libre accès aux publications scientifiques" (15/1/2009)

[4] « Les revues en libre accès couvrent leurs dépenses de manière très semblable aux chaînes de télévision et aux stations de radio : les acteurs qui ont intérêt à diffuser du contenu paient les coûts de production en amont de sorte que toute personne dotée de l’équipement qu’il faut peut y accéder gratuitement. Parfois, cela implique que la revue soit soutenue financièrement par l’université ou la société professionnelle qui l’héberge. Parfois, cela veut dire que les revues font payer un droit de traitement sur les articles acceptés, droit à honorer par l’auteur ou par l’organisme qui le soutient (employeur ou organisme de financement). Les revues en libre accès qui font payer des frais de traitement y renoncent en général en cas de difficultés économiques. Celles qui sont soutenues par une institution ont tendance à ne pas faire payer de frais de traitement. Certaines peuvent vivre avec des subventions ou des frais relativement modestes si elles bénéficient de rentrées en provenance d’autres publications, de la publicité ou bien de ressources supplémentaires à titre onéreux de services auxiliaires. Certains organismes ou consortiums mettent en place des réductions de prix. Certains éditeurs en Libre Accès exemptent de frais les chercheurs affiliés à des institutions qui souscrivent une cotisation annuelle. Il y a beaucoup d’espace de créativité pour financer les coûts d’une revue en Libre Accès à comité de lecture, et nous sommes encore loin d’avoir épuisé notre intelligence et notre imagination ». Extrait de « Une très brève présentation du libre accès par Peter Suber » (2005) citée sur le site Openaccess de l’Inist

 

 

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Source :   Matières Vivantes

Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ?

En ces temps de discussions sur les modèles économiques de la presse, un bras de fer intéressant a lieu entre l’Université de Californie et Nature Publishing Group.
 
Le monde des revues scientifiques pourrait relever d’un fantasme pour patron de presse traditionnelle :

  • Imaginez un monde où les producteurs de contenu (i.e. les auteurs d’articles) doivent prendre en main quasiment de A à Z non seulement l’écriture de leurs articles, mais aussi leur mise en forme et mise en page fine (figures et équations incluses). Le tout gratuitement au mieux – le pire étant que les auteurs doivent parfois payer pour être publiés.
  • Imaginez maintenant que les auteurs abandonnent tout droit sur leur article au groupe de presse.
  • Imaginez un même monde où les relecteurs des articles ne sont pas des employés des journaux, mais des experts des sujets abordés débusquant sans pitié la moindre erreur pour améliorer au maximum la qualité des articles. Gratuitement là encore.
  • Imaginez que tout cet ensemble de travailleurs gratuits voient leur avancement de carrière, leur réputation, conditionnés à la publication de ces articles dans ces revues, de facto incoutournables.
  • Imaginez  que ces revues soient non seulement en état de quasi-monopole (pour les plus prestigieuses), mais encore quasi-assurées de vendre leurs numéros à un lectorat qui ne peut se passer du contenu publié pour son travail.
  • Imaginez que la “révolution” Internet n’ait absolument pas entraîné quelque baisse de coût que ce soit pour les “consommateurs”, que les gains de productivité faits sur la production et la communication des articles n’aient entraîné aucune remise de prix, mais au contraire … une multiplication de ces revues, devenues bien moins cher à produire d’autant que la majorité des lecteurs se passe d’une version papier et se contente concrètement d’un abonnement online.
  • Imaginez enfin que le lectorat captif, les auteurs d’articles et les relecteurs soient en réalité les mêmes personnes, dont, cerise sur le gâteau la subsistance et le travail sont le plus souvent assurés directement ou indirectement par de l’argent public (i.e. vos impôts).

Dans ce contexte, un conflit qui annonce peut-être le chant du cygne de ce “business model” fait rage depuis une grosse semaine. A ma gauche, le systèmes des UC, universités de Californie, publiques et financées par les impôts des Californiens. A ma droite, l’un des plus gros et des plus prestigieux groupes de publication de revues scientifiques, le NPG, Nature Publishing Group, qui publie comme son nom l’indique la très connue revue Nature.

Tout commence le 4 Juin dernier. Les bibliothécaires de l’université de Californie envoient une lettre à tous leurs chercheurs/professeurs les informant du nouveau tarif imposé par le NPG pour la licence d’accès aux 67 revues de leur abonnement, concrètement une augmentation de 400 % .

L’UC est outrée, en particulier car elle n’est pas exactement n’importe qui pour le NPG : durant les 6 dernières années, ses chercheurs ont publié 5300 articles, dont 638 rien que dans la revue Nature. A cela s’ajoutent tout le travail éditorial et de relecture gratuit décrit plus haut; une analyse révèle que rien que pour la revue Nature, les gains réalisés par le NPG sur la travail (gratuit) des chercheurs de l’UC se montent à 3 millions de dollars par an. Bref, dans le genre “vache à lait” en terme de contenus, on peut difficilement faire mieux que l’UC.

Estimant cette augmentation de 400 % injustifiée et inacceptable -d’autant plus qu’elle vient à un moment où les universités de Californie sont frappées très durement au porte-monnaie du fait de la faillite de l’état californien, l’UC en appelle en représailles à des mesures drastiques : le boycott. Boycott non seulement de la lecture des revues, mais encore de tout le travail gratuit décrit plus haut, depuis l’écriture d’article jusqu’à la relecture des articles des autres chercheurs. Une petite révolution, et une première à ma connaissance.

Commence alors un échange de lettres (publiques). NPG, sentant le danger, publie d’abord une lettre de réponse sur son site web. NPG révèle alors qu’il était en “négociation” sur les prix avec l’UC depuis la fin de l’année dernière, et accuse l’UC de présenter le problème de façon erronée, voire avec une certaine mauvaise foi. Le problème (de son point de vue) est que l’UC bénéficie d’une remise de près de … 88% sur le prix de l’abonnement. NPG estime désormais cette remise ingérable et inacceptable (“unsustainable”) et veut la ramener à environ 50%. Et souligne que le prix moyen par article téléchargé payé par l’UC est “seulement” de 0.56 $.

L’UC riposte le 10 Juin, dans une nouvelle lettre. UC souligne alors qu’en période de vaches maigres, elle n’a aucune raison de se laisser faire en acceptant une augmentation soudaine de 400% de ses frais de licence. D’autant plus qu’on apprend que ces mêmes frais ont déjà augmenté de 137% entre 2005 et 2009 !

L’UC met ensuite les pieds dans le plat dans cette lettre, affirmant en somme que :

  • une augmentation de 400% suivant une augmentation de 137% est injustifiable à l’ère du tout digital [1]
  • si les autres universités paient beaucoup plus que l’UC, c’est qu’elles paient tout simplement trop eu égard du “service” reçu
  • le travail “gratuit” effectué par ses chercheurs pour NPG devrait peut-être, un jour ou l’autre, être pris en compte dans ces fameuses licences d’accès.

Bref, l’UC campe sur ses positions et ne va pas se laisser faire par le NPG. Fight !

Nous verrons comment cette affaire tournera, mais peut-être marquera-t-elle un tournant dans l’économie des revues scientifiques. On savait depuis quelques temps déjà que les revues scientifiques étaient sur la sellette, là, entre l’UC et NPG, c’est un choc de titan qui s’annonce.

Le problème fondamental, comme esquissé dans ce billet et expliqué par Michael Eisen sur le blog des professeurs de Berkeley, est que le système actuel n’est tout simplement plus viable. Trop de travail gratuit côté chercheur, trop de coûts irréalistes côté éditeurs. Car on sait tous désormais qu’il y a des alternatives : Eisen est notamment l’un des fondateurs de  Public Library of Science (Plos), ensemble de revues en accès libre et gratuit à but non lucratif qui marche assez bien. L’UC invite d’ailleurs ses chercheurs à se tourner vers ce genre de solutions.  Par ailleurs, les pouvoirs politiques qui financent la recherche se rendent compte des abus de gros éditeurs privés et commencent à bouger de leur côté : ainsi le congrès américain a-t-il voté une loi qui impose que les articles rendant compte de recherches financées par les organismes dépendant de l’état fédéral (concrètement, la plupart des recherches) soient disponibles en accès libre pour tous (après un délai). Loi qui a obligé les revues scientifiques à  plier devant les exigences politiques.

De belles batailles en perspective donc; en ce qui me concerne, je ne suis toutefois pas complètement convaincu par Plos pour les raisons évoquées dans ce billet. En bref, l’avantage des revues est qu’elles font “naturellement” un classement des papiers, une hiérarchie très utile lorsque se multiplient les publications, ce que n’est pas forcément capable de (bien) faire un modèle online basé sur des commentaires et des votes de popularité. La solution, à mon avis, passera plutôt par une évolution des associations de scientifiques éditrices de revues, comme l’AAAS qui édite la prestigieuse revue Science, ou encore l’APS qui édite Physical Review. N’étant pas à proprement parler à but lucratif, ayant aussi une forte base “démocratique” via leurs adhérents, elles me paraissent plus à même de trouver un modèle en accès libre plus juste et plus acceptable pour la communauté scientifique, tout en gardant les avantages (en terme de prestige et d’histoire) de revues comme Nature éditées par les gros groupes privés.

 

Autre référence :

Le compte-rendu de Science sur le sujet

[1] surtout quand on voit l’avenir de la publication scientifique préparé par le NPG

 


Par cgt.upvd
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 10:03

Education : le prix des suppressions de postes - Lucie Delaporte, Mediapart, 29 août 2011

 

 

mardi 30 août 2011.

 

Pour lire cet article sur le site de Mediapart.

 

C’est une enquête particulièrement précieuse que vient de rendre publique le SNPDEN, principal syndicat des chefs d’établissement. Menée auprès d’un panel de 1500 collèges et lycées, elle permet d’observer au plus près du terrain – là où les radars ministériels ne fonctionnent étrangement plus – les conséquences concrètes des 16.000 nouvelles suppressions de postes pour cette rentrée.

Alors que le ministère, année après année, assure que les suppressions de postes – plus de 60.000 depuis 2007 – n’ont aucune incidence sur la scolarité des élèves, le SNPDEN a voulu prendre les devants et interroger les chefs d’établissements sur le coût réel de ces baisses d’effectifs.

Les résultats de cette enquête (lire le pdf en cliquant ici) sont d’autant plus intéressants que, comme a tenu à le souligner le secrétaire général du SNPDEN Philippe Tournier, parallèlement aux opérations de communication du ministère, s’est installée « une opacité croissante sur ce qui se passe à l’école. On a des systèmes d’information dans l’Education nationale dont la caractéristique principale est de n’informer sur rien ». Le syndicat a donc interrogé directement ses adhérents pour connaître leur façon de résoudre l’équation : Comment faire toujours plus avec toujours moins ? Quels sont leurs leviers ? Qu’ont-ils choisi de sacrifier ? Autant d’informations évidemment capitales mais que le ministère se garde bien de collecter, ou de publier.

Première variable d’ajustement pour gérer la pénurie : proposer, ou imposer, des heures sup au-delà des obligations réglementaires. Il apparaît ainsi qu’une partie des suppressions de postes sera « absorbée » par l’explosion des heures supplémentaires (+6,7% au lycée général soit 2,2 heures par poste), bien souvent attribuées d’office aux enseignants. Elles représentent en moyenne l’équivalent de quatre postes « économisés » pour un établissement qui en compte 42.

Alors que les enseignants ont le droit de refuser plus d’une heure sup, l’enquête montre qu’en réalité « dans un établissement moyen du panel où les professeurs refuseraient ces heures, il y aurait 28 heures (hebdomadaires) non assurables, soit l’équivalent des horaires d’une classe ». Des chiffres qui démontrent que le système ne tiendrait donc pas aujourd’hui sans l’implication, bien au-delà de leurs obligations légales, des équipes enseignantes… Mais pour combien de temps ?

 

12% des établissements affirment ne plus pouvoir respecter les horaires nationaux

Au-delà du recours aux heures supplémentaires, l’un des leviers les plus utilisés par les chefs d’établissement (33%) pour boucler leur rentrée est la suppression des cours à effectifs réduits (RGPP du ministère de l’éducation). Le principal d’un collège raconte ainsi « l’impossibilité de faire des groupes réduits en sciences et en langues où il est difficile de travailler l’oral en classe de trente élèves ».

L’augmentation des effectifs est particulièrement difficile à gérer dans certains établissements : « autour de certaines machines, les élèves ne doivent pas être plus de douze ou de quinze. Ils sont trente, comment je fais ? » s’alarme un proviseur de lycée professionnel.

Autre « gisement d’efficience » selon l’expression employée rue de Grenelle : sabrer dans l’aide aux élèves en difficulté. Un tiers des établissement déclarent l’avoir réduite. L’accompagnement personnalisé en lycée ou les projets éducatifs, autant de dispositifs par ailleurs vantés par le ministère, sont aussi les plus fréquemment sacrifiés. « On supprime tout ce qui est qualitatif. L’objectif du ministère, c’est que surtout les suppressions de postes ne se voient pas. Cela ne se verra pas forcément le 5 septembre, mais cela se verra dans Pisa 2012 », prévient Philippe Tournier (enquête sur le niveau scolaire des élèves de l’OCDE).

Au final, malgré ces « marges », 12% des établissements affirment ne plus pouvoir respecter les horaires nationaux ! Les établissements qui s’en écartent le plus, pointe l’enquête, sont d’ailleurs ceux classés comme « moyens » ou « un peu défavorisés » (14%). Un décrochage pour le moins inquiétant…

Autre résultat troublant de l’enquête : elle montre que les postes ont été en priorité retirés aux collèges et lycées en difficulté (leur taux d’encadrement recule de 2,4% en moyenne, avec une chute de – 3,8% dans les lycées professionnels) alors que, selon ce panel, les collèges et lycées favorisés ont vu, eux, ce taux augmenter de 0, 43%... « On prend plus à ceux qui ont moins », tranche Philippe Tournier, par ailleurs proviseur à Créteil.

Mais tout va bien puisque cette année encore, le ministère devrait se réjouir, a ironisé le secrétaire général du SNDPEN, d’une nouvelle rentrée « techniquement réussie ».

Par cgt.upvd
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 09:49

ça suffit ! 

 
La mobilisation pour d’autres choix est une nécessité

CGT, CFDT, FSU, Solidaires, Unsa appellent le 11 octobre 2011 à une journée nationale d’action interprofessionnelle, pour une autre répartition des richesses créées. Lire le communiqué commun

Il faut en finir avec la dictature des marchés financiers et les choix politiques d’austérité qui en découlent donnant encore et toujours plus de gages aux marchés financiers et aux agences de notations.

En Europe, plongée dans la pire des situations avec 23 millions de chômeurs, particulièrement les jeunes, l’unique réponse des dirigeants politiques est l’austérité : pression sur les salaires, réduction des services publics, de la protection sociale, des pensions, durcissement des conditions de travail et de vie.

Face aux plans d’austérité, la règle d’or pour les salariés, c’est la mobilisation dans toute l’Europe : 
- Pologne : euro manifestation le 17 septembre ; 
- Italie : appel à une grève générale le 6 septembre par la CGIL contre la casse du Code du travail ; 
- Espagne : journée de mobilisation à l’appel des CCOO ; 
- Portugal le 1er octobre. Des mobilisations sont à l’ordre du jour en Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Grèce, Belgique, Grande-Bretagne.

En France, le plan Fillon pour réduire le déficit de la France est injuste, inéquitable et inacceptable et pénaliserait une fois de plus les salariés, contrairement aux annonces médiatiques du gouvernement sur la contribution des plus fortunés.

Mesures Fillon Hauts revenus Salariés et Retraités
Hausse de la CSG (prélevée sur 98 % du salaire et non plus 97 %)   600 000 €
Taxe sur complémentaire santé dont mutuelle   1 200 000 €
Taxe sur tabac, alcool, autres boissons   1 000 000 €
Contribution exceptionnelle (donc ponctuelle) sur les hauts revenus 200 000€  
Total 200 000 € 2 800 000 €

Alors que, d’après les Comptes de la Nation, le pouvoir d’achat des ménages baisse entre 2007 et 2010, les dividendes versés aux actionnaires explosent et les cadeaux faits aux plus riches et aux entreprises continuent.

C’est à partir de ce diagnostic que les cinq organisations syndicales CGT, CFDT, FSU, UNSA et Solidaires ont décidé de faire du 11 octobre une journée nationale d’action interprofessionnelle unitaire.

La CGT pose la nécessité de la mobilisation sous les modalités à décider ensemble (rassemblements, manifestations, grèves) pour des mesures immédiates et s’inscrivant dans un processus d’action porteur d’alternatives aux choix actuels.

le document à imprimer


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Les 10 exigences de la CGT 
Pour sortir de la crise

1 REVALORISER LES SALAIRES, LES PENSIONS ET LES MINIMA SOCIAUX

- Dans le privé, ouverture des négociations annuelles obligatoires par anticipation sur 2012 ; 
- dans le public rouvrir la négociation salariale ; 
- porter le Smic à 1 700 euros brut par mois ; 
- résorber les inégalités de traitement entre les femmes et les hommes.1 salarié sur 2 gagne moins de 1 500 euros par mois ; l’écart salarial demeure de 25 % entre les hommes et les femmes ; 8,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 954 euros par mois et la moitié avec moins de 773 euros ; les salaires ont eu la plus faible progression les dix dernières années ; pour la première fois depuis 1945, la masse des salaires versés en 2009 dans le privé a été inférieure à celle de 2008.

2 CONTRÔLER LES AIDES PUBLIQUES AUX ENTREPRISES

- Respect des critères de création d’emplois ; 
- conditionner aux politiques salariales ; 
- donner des moyens d’intervention aux représentants des salariés sur le bien fondé et l’usage de ces aides.Montant des exonérations fiscales et sociales et autres aides publiques aux entreprises : 170 milliards d’euros = 9 millions de Smic annuels (cotisations sociales comprises).

3 CONTRAINDRE LES ENTREPRISES À DES ALTERNATIVES AUX LICENCIEMENTS

- Majorer les cotisations chômage employeur sur les emplois précaires ; 
- élargir l’assiette des cotisations et contributions sociales aux primes, stock-options, intéressement. (1,3 milliard d’euros de recettes) ; 
- élargir les pouvoirs d’intervention des salariés et de leurs représentants dans leur entreprise, leur groupe, voire leur filière d’activité ; 
- reconnaitre la pénibilité des métiers ouvrant droit à un départ anticipé en retraite.Le système d’indemnisation du chômage ne bénéficie qu’à moins d’un chômeur sur deux. Le chômage des plus de 50 ans touche 810 000 personnes, soit 300 000 de plus qu’en 2008. Mesure spécifique pour les chômeurs en fin de droits, condamnés au RSA après une carrière complète du fait de la réforme des retraites.

4 SUPPRESSION DES EXONÉRATIONS FISCALES ET SOCIALES SUR LES HEURES SUPPLÉMENTAIRES

- Privilégier les créations d’emplois et l’augmentation des salaires.186 millions d’heures supplémentaires au 2e trimestre 2011. équivaut à 400 000 emplois en rythme annuel. 3 milliards d’euros de perte de recettes pour la Sécurité sociale.

5 STOPPER LES SUPPRESSIONS D’EMPLOIS

- Orienter les investissements dans le développement industriel, la recherche et la préservation de l’environnement et créer les emplois nécessaires. 
- Stopper la suppression d’un fonctionnaire sur deux et créer de nouveaux postes dans la fonction publique et les services publics, outils de cohésion sociale et d’efficacité économique et sociale.

6 DÉVELOPPER LES POLITIQUES PUBLIQUES ET LES MOYENS DES SERVICES PUBLICS

- Education, 
- santé, 
- recherche, 
- infrastructures…

7 RÉFORMER LA FISCALITÉ EN PROFONDEUR

- Accroître la progressivité de l’impôt sur le revenu et créer de nouvelles tranches pour les hauts revenus, 
- augmenter l’impôt sur la fortune (ISF), 
- supprimer les niches fiscales inutiles selon leur impact économique et social, 
- soumettre à cotisation tous les revenus sans distinction, 
- alléger les impôts indirects (TVA) qui pèsent proportionnellement plus sur les plus modestes, 
- réformer l’impôt sur les sociétés en pénalisant le versement de dividendes et la spéculation pour favoriser l’investissement, l’emploi et les salaires, 
- revoir la fiscalité locale afin de réduire les impôts et taxes sur les ménages à revenu modeste, 
- réformer le financement de la protection sociale.

8 CRÉER UN PÔLE FINANCIER PUBLIC ET ÉTABLIR UN MÉCANISME DE CRÉDITS À TAUX RÉDUITS POUR :

- Financer l’investissement productif : l’emploi, la formation, la recherche, les équipements. En Europe et dans le monde.

9 TAXER LES MOUVEMENTS SPÉCULATIFS DE CAPITAUX ET ÉRADIQUER LES PARADIS FISCAUX.

10 METTRE EN PLACE UN FOND EUROPÉEN DE SOLIDARITÉ SOCIALE ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE :

- Création par les états d’un fond, avec le concours de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour financer le développement social et économique et réduire les inégalités.Les états ont su créer un fonds de 750 milliards d’euros pour sauver les financiers.

FAIRE CONFIANCE AU GOUVERNEMENT ET AU MEDEF OU SE MOBILISER ?

Chômage, pouvoir d’achat, logement, santé nécessitent des réponses immédiates.Sur la taxation des complémentaires santé, la CGT partage la proposition des associations mutualistes de construire ensemble la mobilisation du 11 octobre pour exiger le retrait de cette mesure.La CGT propose de traduire avec les salariés ces dix exigences en revendications justes, précises, portées par tous, dans chaque entreprise, pour obtenir des résultats concrets.C’est dans les entreprises que les syndicats, unitairement, doivent débattre et décider avec les salariés des revendications et la CGT pose le principe de la grève pour en définir les modalités avec les salariés eux-mêmes.La CGT propose d’agir, ensemble, de l’entreprise au national et au niveau européen.Dans le même temps, il y a nécessité de se mobiliser unitairement, tous ensemble, sur les enjeux communs à tous les salariés. Le seul risque que l’on prend en se mobilisant ensemble, de l’entreprise à l’international, c’est éventuellement d’être entendu !le document à imprimer

Par cgt.upvd
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 09:43

UNE PRIME D’INTERESSEMENT... A LA DESTRUCTION DU SERVICE PUBLIC ?

 

lasserpe fonctionnaires-2.jpg

 

Une prime d’intéressement à la performance collective vient d’être instituée dans les administrations de l’Etat.

La CGT récuse le principe même d’une prime d’intéressement dans la Fonction publique. Intéressement, mais à quoi ? Les entreprises privées dégagent un profit auquel le patronat prétend intéresser les salariés. Veut-on que les services publics aient pour objectif de faire des bénéfices ?

L’efficacité du service public, c’est d’abord une meilleure satisfaction des besoins sociaux. La CGT a la conviction que le service de l’intérêt général ne peut pas être réduit aux missions les plus aisément mesurables et quantifiables. C’est cette logique de rentabilité et de concurrence qui a présidé à la mise en place de la RGPP dans l’Etat, de la loi HPST dans le secteur de la Santé, de la réforme des collectivités territoriales et de leur financement. La prime d’intéressement veut faire de cette logique de rentabilité un principe de management pour chaque collectif de travail et pour chaque agent. La CGT s’y oppose.

Il n’y aura pas un euro de plus sur la feuille de paye des fonctionnaires du fait de cette prime. Elle sera financée uniquement par les suppressions d’emploi qui étranglent les services publics. Les agents, qui savent ce qu’il en est de leur salaire et de leurs conditions de travail, ne s’y laisseront pas prendre.

Rien n’est à sauver d’une telle prime, ni dans son principe, ni dans son financement, ni dans les indicateurs choisis pour l’attribuer. Ce dispositif est bien plutôt une prime d’intéressement à la destruction du service public ! 

Par cgt.upvd
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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 15:44

Enième lettre au Président pour dénoncer cette fois les manquements systématiques au réglement et à la loi concernant la révision du protocole RTT...

 

 

http://cgtpoleemploi.files.wordpress.com/2010/04/accord_rtt_pole_emploi.jpg

Perpignan, le 11 juillet 2011.

 

 

 

Monsieur le Président,

 

 

Suite à votre demande, je vous prie de bien vouloir trouver l’argumentaire de la FERC-SUP CGT concernant la procédure à suivre en cas de révision d’un accord RTT.

 

Un renouvellement ou une révision d'une convention, d'un protocole ou d'un accord collectif de travail peut relever de plusieurs cas de figure. L'article L2222-5 prescrit notamment que : « La convention ou l'accord prévoit les formes selon lesquelles et le délai au terme duquel il pourra être renouvelé ou révisé.».

La convention et l'accord collectif de travail à durée indéterminée peuvent être également dénoncés par les parties signataires dans les conditions de l'article L2222-6 du code du travail ( «  La convention ou l'accord prévoit les conditions dans lesquelles il peut être dénoncé, et notamment la durée du préavis qui doit précéder la dénonciation. » ).

 

De plus, la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail a modifié les règles de validité des accords. Elle prescrit qu’un accord doit avoir été signé par des organisations syndicales représentant au moins 30% des suffrages et ne peut s’appliquer que s’il n’y a pas d’opposition émanant d’organisations ayant recueilli au moins 50% des suffrages.

Concernant le protocole de 2002, propre à l’Université de Perpignan, rien dans le texte d'accord de 2002 ne fixant les conditions de modifications du protocole ARTT, il résulte de l'art. L. 2261-7, (« Les organisations syndicales de salariés représentatives, signataires d'une convention ou d'un accord ou qui y ont adhéré conformément aux dispositions de l'article L. 2261-3, sont seules habilitées à signer, dans les conditions prévues au chapitre II du titre III, les avenants portant révision de cette convention ou de cet accord. »), que le consentement unanime des signataires est nécessaire pour engager la procédure de révision et que, d'autre part, les organisations syndicales signataires sont seules habilitées pour signer l'avenant de révision selon les règles applicables à chaque niveau de négociation. (Cf. Soc. 13 nov. 2008: D. 2008. AJ 3090; ibid 2009. Pan. 590, obs. Leclerc; RJS 2009. 166, no 199; JCP S 2009. 1116, obs. Kerbouc'h).

 

Or, les procédures suivantes n’ont pas été respectées à l’UPVD : 

-         Les syndicats n'ont pas été saisis sur l'opportunité d'une révision de l'accord (mais sur les détails de la révision). Les syndicats signataires doivent au préalable se prononcer sur le principe de la révision du protocole (Cf. Art. L. 2261-7 code du travail).

-         l'employeur n'a pas informé les représentants du personnel de la dénonciation dans un délai permettant une renégociation ni averti individuellement chaque salarié, selon les termes de la loi.

-         Les syndicats n'ont pas pu donner leur consentement unanime au projet de révision  (adoption en CTP mais sans unanimité des syndicats représentatifs). L'avenant de révision du protocole, bien qu'il ait été voté en CTP et en CA, est caduque.

-         L’accord n’a pas été signé par des organisations syndicales représentant au moins 30% des suffrages et ne peut s’appliquer que s’il n’y a pas d’opposition émanant d’organisations ayant recueilli au moins 50% des suffrages (condition que même le vote en CA ne garantit pas, 2/3 de la représentativité syndicale n’ayant pas voté l’accord). (Cf. Loi de 2008).

En substance, et attendu que si une seule des conditions de forme de la dénonciation, de la révision ou du renouvellement ne sont pas respectées, ceux-ci sont nuls et de nul effet. C’est donc l’ensemble de la procédure qui se trouve frappée de nullité.

 

Nous attirons votre attention sur le fait qu’un accord RTT est un arbitrage délicat et qui a des conséquences sur chaque agent. Le législateur a ainsi prévu qu’une fois signée, toute renégociation ou révision de l’accord ne puisse procéder que du fruit d’une vraie négociation entre direction et syndicats. Du fait des équilibres démocratiques dans les instances représentatives de l’Université, un vote au CTP et en CA ne peut en aucun cas se substituer à l’ensemble des procédures légales susdites. Nous nous permettons de vous rappeler que c'est d'ailleurs ce qui avait amené le précédent Secrétaire Général de l'Université à renoncer à la modification de ce protocole, faute d'accords avec les syndicats signataires sur les détails de sa révision.

Ainsi, faute d’une renégociation réglementaire et suivant toutes les étapes procédurielles, cette révision de l’accord est non seulement nulle d’effets mais susceptible à tous moments d’être invalidée devant la juridiction administrative par une action menée par un syndicat ou même par n’importe quel agent dans le cadre d’un contentieux individuel. Cette situation place l’Université dans une position d’insécurité administrative qui n’est pas tolérable et compromet gravement le dialogue social entre les différentes instances.

C’est pourquoi nous vous demandons d’ordonner la reprise du processus de négociation dans le respect des procédures et de considérer, avec nous, cet accord comme nul et de nul effet.

 

Recevez, Monsieur le Président, l’expression de nos respectueuses salutations.

 

La Ferc-Sup CGT – UPVD.

Par cgt.upvd
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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 15:39

ELECTIONS FONCTION PUBLIQUE

 

 Image

ELECTIONS FONCTION PUBLIQUE OCTOBRE 2011

CHARGEZ LA VIDEO DE LA CAMPAGNE 

http://www.dailymotion.com/video/xksxkh_votezcgt

 
REVENDIQUER

 

Une règle d’or pour les salariés : revendiquer et se mobiliser 
Le gouvernement a profité de l’été pour préparer les Français à une période d’austérité et à une politique de rigueur.
Face au tableau noir proposé par le gouvernement, la FERC CGT appelle l’ensemble des salariés à se mobiliser, à amplifier le rapport de force et à passer à l’offensive pour revendiquer d’autres choix économiques. Pour une fiscalité au service de l’intérêt général et de la justice sociale, elle les appelle à participer aux grèves et manifestations des :
-    27 septembre dans l’Education Nationale,
-    11 octobre de manière interprofessionnelle.

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Par cgt.upvd
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 10:21

Faire réussir nos étudiants, faire progresser la France

Point de vue | Terra Nova | 24.08.11 | 12h16   •  Mis à jour le 24.08.11 | 12h16

par Yves Lichtenberger et Alexandre Aïdara, rapporteurs du groupe de travail "Enseignement supérieur et Recherche" de Terra Nova.

 

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LES PRINCIPES AU FONDEMENT D'UNE NOUVELLE REFORME

 

Un système d'enseignement supérieur et une recherche efficaces sont des facteurs essentiels de croissance et de productivité. Mais le progrès de la connaissance et sa démocratisation sont des finalités dignes d'être poursuivies en elles-mêmes. Si le système d'enseignement supérieur et de recherche (ESR) permet le progrès économique et le progrès social, c'est aussi le lieu où se forgent les destins individuels et collectifs. Même si la loi du 10 août 2007 relative à la liberté et aux responsabilités des universités (LRU) a contribué à remettre au devant de la scène l'enjeu politique considérable dont il est question ici, il n'est en général pas l'objet d'un débat à la hauteur de son importance. Ce rapport se propose de revivifier le débat politique sur le sujet en avançant des pistes de réflexion et de réformes.

Au-delà des réformes de structures et de gouvernance de la LRU, l'objectif est de s'attaquer aux difficultés chroniques de l'université et de la recherche, notamment l'échec en premiers cycles, l'orientation et l'insuffisance des moyens. La tentation est grande de prôner des ruptures car certains dysfonctionnements viennent d'une organisation surannée de notre système, héritée d'une longue histoire et devenue handicapante dans le contexte actuel de la mondialisation de la connaissance.
Mais il s'agit pour le camp progressiste, sans céder ni au statu quo ni à la radicalité stérile, de faire franchir à notre système d'enseignement supérieur des obstacles importants qui brident l'expression de son potentiel. Dans cette démarche, toute l'énergie politique devrait être focalisée, à court terme, sur une priorité qui peut modifier profondément le fonctionnement du système, réconcilier les citoyens avec leur université, restaurer progressivement l'image de celle-ci, redonner confiance aux étudiants, élever significativement le niveau national d'éducation et fournir à l'économie les qualifications indispensables : la réussite du plus grand nombre des étudiants.

Si un tel objectif est d'intérêt national, le débat est légitime car il n'existe pas une vision uniforme des objectifs des politiques d'enseignement supérieur et de recherche. Le camp libéral et conservateur considère classiquement l'enseignement supérieur et la recherche avant tout comme un instrument de sélection des élites et un outil au service de l'économie et de l'entreprise. Le camp progressiste, s'il ne la formule pas explicitement, a une autre vision. Dans cette conception, l'enjeu de la connaissance transcende l'objectif économique sans le contredire : il s'agit d'un projet politique et d'un projet de société à long terme où la connaissance est valorisée pour ce qu'elle est autant que pour ce qu'elle permet.
De telles différences de conceptions ne sont évidemment pas neutres : elles ont des conséquences considérables sur la fixation des priorités, l'organisation territoriale de l'accès au service public de l'enseignement, l'attention portée à la condition sociale des étudiants et les moyens à mettre à la disposition du système et leur mode d'allocation.

 

MALGRE SES ATOUTS, L'ORGANISATION ACTUELLE DE NOTRE SYSTEME D'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE RECHERCHE RISQUE D'ENTRAINER LA FRANCE VERS UN DECROCHAGE CERTAIN

 

Les grandes écoles : un modèle à bout de souffle

Les grandes écoles ont participé à l'essor industriel de la France et il existe encore dans le pays un attachement excessif à ce modèle. Mais ce système a depuis longtemps atteint ses limites dans un contexte de mondialisation croissante des sciences et des techniques. De nombreuses critiques sont adressées depuis quelques décennies à ce système sans que des réformes réelles de fond soient mises en oeuvres : insuffisance de la recherche et formation des élèves trop axée sur la reproduction des savoirs, malthusianisme excessif de ce système, focalisation de moyens considérables sur quelques îlots très sélectifs, absence de diversité sociale et de diversité dans les parcours scolaires.

l'université affronte encore ses problèmes hérités des décennies passées Or les réformes actuelles, au-delà même du problème des grandes écoles, ne sortiront pas l'université et le système global de ses difficultés chroniques. Une difficulté majeure a été l'accueil par les universités d'un nombre croissant d'étudiants. Certes mal vécue par le système, il s'agissait en réalité d'une opportunité qui a été très mal gérée faute de moyens et de méthodes pédagogiques adaptées. C'est pour cela que le rapport rejette toute sélection à l'entrée car ce sujet polémique relève d'un faux problème : la réussite du plus grand nombre n'est pas incompatible avec un système sans sélection dès lors que l'orientation fonctionne bien et que les établissements ont les capacités d'encadrer les nouveaux publics. Cette crise démographique s'accompagne en même temps d'un contournement de l'université par les meilleurs bacheliers qui choisissent les grandes écoles ou les filières courtes, hormis bien entendu les filières de médecine et de droit pas ou peu encore concurrencées par les grandes écoles.

En matière de recherche, la création des grands organismes a externalisé une grande partie de la recherche universitaire. Même si les résultats de ces organismes en matière de recherche sont d'un excellent niveau, notre système de recherche s'est, là encore, singularisé1 par rapport aux standards internationaux qui font majoritairement des universités le pivot du système d'enseignement supérieur mais aussi de recherche. Les grands organismes mobilisent 80% des moyens budgétaires de la recherche. Il faut toutefois nuancer ce constat du fait de l'accroissement des unités mixtes de recherche (UMR) qui rapprochent organismes et universités en matière de recherche.

 

la loi LRU et les réformes qui l'ont accompagnée ont raté leur coeur de cible

Ce rapport dresse un bilan de la LRU et de ses tares. De nombreuses mesures issues de cette loi doivent être revues et corrigées. La loi s'est surtout axée sur la gouvernance : il semble pourtant important, comme le réclament les acteurs du système, de corriger notamment le déséquilibre actuel du système de gouvernance en introduisant une séparation claire des pouvoirs, notamment en créant un sénat académique par université.

Une autre source de déception a été l'absence de garantie des moyens de fonctionnement qui étaient censés accompagner l'évolution des universités – même si la LRU n'est pas une loi de programmation budgétaire. Terra Nova a déjà montré dans plusieurs notes, confirmées par d'autres experts et observateurs du budget de l'enseignement supérieur et de la recherche, que les engagements budgétaires du quinquennat en cours n'ont finalement pas été à la hauteur des promesses. Or, pour un système dont la paupérisation est très avancée, aucune transformation n'est possible sans une injection massive et rapide de moyens.

Surtout, la loi LRU et les réformes qui l'ont accompagnée ne se sont pas suffisamment attaqué au grand scandale de l'échec en premier cycle universitaire, qui aurait dû constituer une priorité plus forte. Le Plan Licence s'est traduit par quelques initiatives dispersées, insuffisamment évaluées, dont les plus intéressantes n'ont fait l'objet d'aucune généralisation au niveau national. Si la tentation est grande de défaire la LRU pour réécrire un texte plus ambitieux, exhaustif et équilibré en termes de gouvernance, il semble pourtant inutile de désorienter les établissements en cours d'appropriation des nouvelles compétences et en cours de regroupement en introduisant trop de réformes à la fois.
En revanche, remanier et compléter certaines parties semble incontournable.

 

La recherche en France, d'un bon niveau mondial, subit une crise de vocation et de moyens

Il faut d'abord tordre le cou à un mythe négatif sur la recherche française. Notre recherche et nos chercheurs sont d'un très bon niveau mondial, contrairement à ce que peuvent en penser parfois les responsables politiques qui n'ont souvent qu'une connaissance limitée de la science en général et de la recherche française en particulier. On ne doit certes pas rejeter les avertissements que constituent. Il convient de relativiser cette singularité car dans de nombreux pays (Institut Max Planck en Allemagne par exemple), existent de tels organismes dédiés à une recherche spécialisée.
Certains classements internationaux, comme celui de Shanghai, le déficit en prix Nobel et en brevets et la fuite des cerveaux ; en effet, il y a certainement beaucoup de progrès à faire, en particulier sur le transfert de la recherche vers l'innovation, mais il serait erroné de considérer la situation comme catastrophique.

Les problèmes de la recherche française sont sans doute à rechercher du côté des moyens et de la crise des vocations. Entre 2000 et 2007, le nombre d'étudiants s'orientant vers les sciences fondamentales et les sciences de la vie a baissé de 19% environ. Il est connu que le nombre de chercheurs par tête d'habitant en France est faible relativement aux pays de l'OCDE : 195 000 chercheurs environ soit 0,7% de la population active contre 0,9% aux Etats Unis et 1% au Japon. La dépense intérieure de recherche et de développement était d'à peine 2% du PIB en 2007 et d'environ 2,21% du PIB en 2009 – contre 2,33% en 1990 : nous sommes loin des objectifs de Lisbonne qui visaient 3% en 2010…


Lire la suite de la synthèse et l'intégralité du rapport sur le site de Terra Nova

 

 

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